Le ruban bleu de Madibou
Sous un soleil encore timide, le ruban bleu a cédé sous les ciseaux de l’administrateur maire Alain Milandou. Le 25 novembre, le Centre de santé intégré de Kibina entrait dans une nouvelle ère, celle d’une eau maîtrisée et disponible.
Le geste inaugural s’est accompagné d’une salve d’applaudissements, répercutée dans les ruelles du quartier sud de Brazzaville. Longtemps, ces habitants ont affronté puits insuffisants et marigots incertains. Leur quête quotidienne d’un liquide sûr prenait souvent la forme d’une corvée interminable.
Un forage hybride pensé pour durer
Avec l’appui de la fondation Burotop Iris, la criante fragilité hydrique de Kibina a trouvé un remède tangible : un forage profond de 57,5 mètres, doté d’une pompe immergée délivrant jusqu’à 120 mètres cubes et soutenu par une réserve de 5 000 litres.
Le responsable des opérations, Romaine Gangoyi, détaille un dispositif pensé pour durer. Priorité au solaire, l’électricité publique jouant le rôle de secours. Cette architecture bivalente garantit la continuité du service, même lors des pointes de consommation ou d’éventuelles coupures réseau.
Avant l’ouverture, des analyses physico-chimiques et microbiologiques ont été menées par le laboratoire central de la Congolaise des eaux. Les résultats, présentés lors de la cérémonie, confirment une potabilité conforme aux normes, écartant le spectre des maladies hydriques récurrentes.
Des bénéfices sanitaires immédiats
Pour le personnel soignant du CSI, le soulagement est palpable. « Nous passions plus de temps à chercher de l’eau qu’à soigner », confie une infirmière. Le nouveau point d’accès alimente désormais les salles de soins, la maternité et le petit laboratoire sans interruption.
Dans les foyers, la marche matinale vers la source laisse place à quelques pas jusqu’au robinet. Samba Jean Michel, secrétaire général du quartier, salue une « œuvre utile qui allège nos souffrances ». Il voit, dans l’eau claire qui jaillit, un rempart contre la dysenterie.
La fondation rappelle toutefois que la durabilité dépendra du soin apporté aux installations. Des bénévoles locaux ont été initiés aux gestes d’entretien quotidien. Rincer le panneau solaire, surveiller la pompe, protéger le château d’eau : autant de routines désormais inscrites dans le paysage communautaire.
Une alliance fondation-population
Le calendrier de chantier relève d’une précision quasi militaire. Démarré le 9 août, le forage fut achevé le 15 septembre 2025, malgré un terrain argileux et des épisodes pluvieux. Deux équipes se relayaient, dont une spécialisée dans la soudure des tubes inoxydables.
Au-delà de l’ouvrage en béton, la fondation a remis un ordinateur flambant neuf à la cheffe du centre. La machine facilitera le suivi des consultations et la gestion des stocks de vaccins. Un outil modeste mais stratégique pour fluidifier le service, note l’administration municipale.
Cet acte de mécénat s’intègre à l’engagement social plus large de la fondation Burotop Iris, qui revendique des interventions « concrètes et mesurables ». L’objectif déclaré reste constant : améliorer la vie quotidienne là où ses implantations économiques s’épanouissent, une philosophie résumée en trois mots, « partage, proximité, durabilité ».
La mairie de Madibou voit dans le projet un modèle réplicable. Selon Alain Milandou, l’approche multi-acteurs, combinant expertise technique et appropriation citoyenne, pourrait inspirer d’autres quartiers. Il se dit prêt à faciliter l’identification de sites prioritaires et à sécuriser les procédures administratives.
Dans la foule, plusieurs chefs de blocs notaient déjà la baisse potentielle des conflits liés au partage des points d’eau. Les files d’attente, sources d’animosité, devraient s’écourter. « Une goutte partagée est une querelle évitée », observe avec humour un doyen du quartier.
Vers une gouvernance communautaire de l’eau
L’enjeu dépasse la simple disponibilité d’eau. Une ressource accessible libère du temps, réduit la fatigue, soutient la scolarisation et renforce la dignité, énumère Samba Jean Michel. Chaque minute gagnée sur la corvée se transforme en opportunité de commerce, d’étude ou de repos.
Les riverains ne cachent pas leur fierté. Des femmes ont déjà organisé des tours de garde pour maintenir la propreté autour des robinets. Les adolescents, eux, envisagent de créer une fresque murale racontant l’histoire du forage, symbole d’une communauté qui se prend en main.
Le défi, reconnaissent tous les acteurs, sera de préserver la gratuité du service tout en assurant les petites réparations. Une caisse communautaire, alimentée par des contributions volontaires, doit voir le jour. La fondation fournira l’appui administratif et un premier lot de pièces détachées.
« Nous remettons la clef à une population responsable », insiste Romaine Gangoyi. Pour assurer le suivi, un tableau d’exploitation sera affiché au centre, répertoriant volumes pompés, heures solaires et interventions techniques. La transparence doit consolider la confiance née au pied du forage.
À Kibina, l’eau n’est plus une promesse, mais un flux constant. Le vrombissement discret de la pompe s’est fondu dans les bruits du quartier, tel un nouveau battement de cœur collectif. Chaque gorgée rappelle la convergence entre volonté citoyenne et solidarité entrepreneuriale.
Le ruban coupé, la fête s’estompe, mais l’histoire ne fait que commencer. Madibou, puis Brazzaville, scruteront l’exemple de Kibina pour amplifier l’accès à l’eau potable. L’horizon se dessine, ligne claire jalonnée de forages hybrides, là où persiste encore la soif.
