Botswana valide un mix énergétique revisité
Un coup de stylo signé à Gaborone engage 5,5 milliards de dollars sur sept ans. La ministre des Mines et de l’Énergie, Bogolo Joy Kenewendo, et le président d’Ulsan Holding, Fatih Gülsün, lancent un chantier destiné à rééquilibrer le bouquet électrique botswanais entre solaire et charbon propre.
Le protocole d’accord couvre la réhabilitation des unités A et B de la centrale thermique de Morupule et la construction de nouvelles fermes photovoltaïques. À terme, 1,5 gigawatt supplémentaire doit sortir des lignes, de quoi couvrir la demande nationale et dégager un excédent exportable.
Sécurité énergétique régionale en ligne de mire
Le Botswana importe encore régulièrement depuis l’Afrique du Sud. Avec ce projet, il ambitionne d’inverser les flux en injectant son surplus dans le Southern African Power Pool, un marché interconnecté jugé stratégique par les think-tanks régionaux.
« Nous voulons passer d’importateur à fournisseur stable de la sous-région », a résumé Bogolo Joy Kenewendo en marge de la signature, soulignant l’importance du projet pour la compétitivité industrielle locale et l’électrification rurale.
Morupule, un chantier prioritaire et créateur d’emplois
Construite dans les années 1980, Morupule A accuse l’usure. Son réaménagement intègre des filtres batac, des brûleurs à faible émission et un monitoring satellitaire. Ces améliorations devraient abattre jusqu’à 30 % de particules fines, selon les ingénieurs de Mercuria Energy Trading.
Sur le terrain, le syndicat des travailleurs de Palapye estime à 2 500 le nombre d’emplois directs durant la phase de réhabilitation. Les commerçants locaux se préparent à un afflux de techniciens et de sous-traitants, synonymes de débouchés pour l’hôtellerie, la restauration et la logistique.
Du photovoltaïque au charbon propre : arbitrage technologique
Le mix retenu combine de vastes fermes solaires, raccordées grâce à une ligne de transport modernisée, et des unités de charbon intégrant capture partielle de CO₂. Jianyun Sun, directeur des investissements chez Mercuria, défend « une approche réaliste, adaptée aux ressources abondantes du Botswana ».
Les ONG environnementales saluent l’arrivée du solaire mais réclament un calendrier précis pour la part du charbon. Elles exigent aussi la publication des taux d’émission réels après modernisation, rappelant l’engagement du pays dans l’Accord de Paris.
Ulsan accélère aussi au Congo-Brazzaville
À 3 000 kilomètres de là, Ulsan peaufine un projet de fer dans le district de Mayoko. La première coulée est annoncée pour 2026 avec trois millions de tonnes par an, volume qui grimpera à cinq millions après trois ans d’exploitation.
Pour y parvenir, le groupe remet à neuf 465 kilomètres de voie ferrée entre Mayoko et le port de Pointe-Noire. Les travaux se déroulent de concert avec le groupe turc Albayrak, déjà gestionnaire des activités conventionnelles de la ligne.
Vers une filière acier vert à Pointe-Noire
Ulsan négocie l’acquisition d’un terrain dans une zone industrielle spéciale du littoral pour ériger une usine intégrée. Pellets, fer de réduction directe et acier y sortiront avec l’appui d’une centrale propre de 120 MW destinée à réduire l’empreinte carbone du procédé.
Fangzhou Xu, directeur du développement international d’IGI, détaille un modèle « clé en main » combinant cogénération et énergie solaire. Le surplus électrique pourrait alimenter les quartiers périphériques de Pointe-Noire, offrant une bouffée d’oxygène au réseau urbain.
Retombées socio-économiques pour les territoires
Le maire de Dolisie voit dans la réhabilitation ferroviaire « une occasion historique de désenclaver les villages ». Des programmes de formation aux métiers ferroviaires et miniers seront ouverts aux jeunes diplômés, conformément aux discussions conduites avec le ministère congolais de l’Enseignement technique.
Au Botswana, l’Université de technologie de Gaborone prévoit un partenariat de recherche sur les matériaux de stockage solaire. Les étudiants participeront aux essais de durabilité, tandis que les communautés de Palapye recevront des kits d’éclairage hors réseau financés par le fonds social du projet.
Financements innovants et garanties climatiques
Les investissements africains d’Ulsan atteindront 300 millions de dollars sur 2025-2026, dont 80 % fléchés vers le Congo et 20 % vers le Botswana. Khalid bin Mohammad Al Attiyah, président de Tfgl, évoque « un montage mêlant capitaux propres, prêts syndiqués et assurances risques politiques ».
Les partenaires étudient la possibilité d’émettre des obligations vertes adossées aux performances carbone des nouvelles installations. Des cabinets congolais spécialisés en ESG valideront la méthodologie, garantissant transparence et accès potentiel aux marchés internationaux du carbone.
Vigilance écologique et implication citoyenne
Des organisations telles que Conservation International suivent le projet botswanais pour mesurer l’impact sur les nappes phréatiques proches de Morupule. Un comité de suivi communautaire publiera chaque trimestre des relevés de qualité de l’air.
Au Congo, les associations de pêcheurs de la lagune de Pointe-Noire ont obtenu la création d’un couloir écologique limitant le dragage autour du terminal minéralier. « Nous voulons croiser développement et préservation de nos mangroves », explique un représentant local.
Perspectives d’une transition graduelle
Les gouvernements botswanais et congolais misent sur des technologies de transition pour concilier croissance et climat. Le chemin reste semé de défis, de la maîtrise des coûts à la fiabilité du solaire en saison humide, mais l’implication des acteurs locaux apparaît comme un levier décisif.
Si les objectifs de réduction d’émissions sont tenus, ces projets pourraient servir de référence à d’autres pays du Southern African Power Pool. D’ici 2030, la région espère ajouter plus de cinq gigawatts d’énergies faiblement carbonées, un palier où l’expérience d’Ulsan pourra faire école.
