Atelier de Brazzaville sur le tourisme communautaire
Le 5 décembre à Brazzaville, un atelier consacré au tourisme communautaire a réuni responsables publics, experts et représentants de territoires. Sous l’impulsion de la ministre de l’Industrie culturelle, touristique, artistique et des loisirs, Marie-France Lydie Hélène Pongault, les participants ont scruté ce levier de développement local.
En ouverture, la ministre a insisté sur la nature stratégique de cette forme de tourisme, qualifiée de « pilier » pour la préservation du patrimoine et l’économie culturelle. Elle rappelle qu’aucune politique ne peut aboutir sans le concours des femmes et des hommes qui portent la mémoire des lieux.
Patrimoine vivant et attractivité nationale
Selon elle, les communautés détiennent « un patrimoine vivant, un imaginaire, un savoir-faire et une mémoire » qui confèrent au Congo-Brazzaville profondeur historique et attractivité. Rendre visible cette singularité constitue, poursuit-elle, la première condition pour convertir le regard des visiteurs en moteur de prospérité partagée.
L’enjeu n’est pas seulement économique. La responsable gouvernementale veut « garantir l’authenticité des pratiques » et transmettre « avec justesse et respect » ce que les communautés acceptent d’offrir. L’approche cherche donc à équilibrer revenus, dignité culturelle et sauvegarde des sites, en évitant la folklorisation ou l’exploitation excessive.
Cadre méthodologique harmonisé
L’atelier vise à harmoniser les approches, clarifier les responsabilités et instaurer un cadre méthodologique applicable à l’ensemble du territoire. Les services centraux, les directions départementales et les organisations communautaires sont appelés à partager outils, référentiels et retours d’expérience afin de parler le même langage devant investisseurs et touristes.
Pour la ministre, l’appui aux projets départementaux renforce la confiance des habitants. Chaque initiative réussie devient un signal démontrant que la politique nationale n’est pas qu’une déclaration mais une réalité concrète. À terme, ces « sites exemplaires » formeraient un réseau capable d’illustrer l’ambition gouvernementale sur tout le territoire.
Communautés au centre de la chaîne de valeur
Le conseiller à l’Hôtellerie, Armand Pongault, partage ce diagnostic. Il note que le tourisme communautaire « dépasse le simple cadre sectoriel », car il porte une dynamique sociale, économique et culturelle centrée sur les populations locales. En d’autres termes, il s’agit de mettre les communautés au cœur de la chaîne de valeur.
Selon lui, le modèle valorise les traditions, préserve l’environnement naturel et garantit une participation directe aux retombées financières. Ainsi, la population ne reste pas spectatrice mais devient copropriétaire du produit touristique. Cette logique favorise aussi la transmission intergénérationnelle du savoir local et limite la fuite des jeunes vers les villes.
Un modèle résilient pour chaque village
Il appelle donc à bâtir « un modèle résilient, responsable et profondément enraciné dans les réalités des terroirs ». L’objectif, précise-t-il, est que chaque site, chaque village, chaque patrimoine devienne une vitrine vivante du Congo, terre d’hospitalité, de culture et de paix reconnue au-delà des frontières.
Plusieurs intervenants conviennent que la résilience passe aussi par une gouvernance transparente. Les recettes touristiques doivent être redistribuées selon des règles claires, afin d’éviter suspicions et conflits. Cette transparence renforce la crédibilité des porteurs de projet auprès des bailleurs et incite les visiteurs à soutenir des initiatives vertueuses.
Préserver l’authenticité des pratiques
La question de l’authenticité occupe également le haut de l’affiche. Pour que le voyageur vive une expérience sincère, les pratiques mises en scène ne doivent pas être dénaturées. La ligne de crête est fine : il faut accueillir sans trahir, partager sans surexposer, montrer sans réduire la culture à un décor.
Un cadre méthodologique commun doit donc préciser comment identifier les détenteurs légitimes des savoirs, négocier les droits d’usage et suivre la qualité des prestations. Les participants à l’atelier ont convenu de produire un guide de référence assorti d’indicateurs permettant d’évaluer, année après année, l’impact social et environnemental des sites.
De la formation aux indicateurs d’impact
La ministre estime que l’émergence de success-stories locales créera un effet d’entraînement au niveau national. L’État, dit-elle, jouera son rôle d’accompagnateur en assurant formation, promotion et facilitation administrative, tandis que les communautés conserveront la maîtrise des contenus et des décisions relatives à leurs biens culturels.
Du côté des départements, la priorité sera de cartographier les potentialités et de sélectionner les sites présentant un équilibre entre attrait touristique et capacité d’accueil. Cette étape, déjà engagée selon les services techniques, reposera sur des diagnostics participatifs intégrant autorités locales, associations et chefs traditionnels.
Une fenêtre durable sur le Congo
« Nous voulons que les villages se sentent pleinement propriétaires du processus », insiste Armand Pongault. Pour lui, la réussite dépend autant de la qualité des infrastructures que de la mobilisation des habitants. Il invite donc chaque comité local à élaborer un plan de gestion clair et à publier régulièrement ses résultats.
À l’issue des débats, un consensus se dégage : le tourisme communautaire offre une route pragmatique vers la diversification économique et la sauvegarde du patrimoine. Les participants repartent convaincus que, pas à pas, chaque territoire pourra devenir une fenêtre authentique et durable sur les richesses du Congo-Brazzaville.
