Safoutier, champion des ventes 2025
Sous un soleil léger de saison sèche, le Jardin des Droits de l’Homme s’est transformé, du 23 novembre au 19 décembre 2025, en grande pépinière à ciel ouvert: la 9e Foire aux plants attirait jardiniers, familles et collectivités.
Parmi les 30 000 plants proposés par vingt-huit horticulteurs locaux, le safoutier a remporté 21,19 % des ventes, devançant nettement l’avocatier et le manguier, selon les statistiques officielles dévoilées par le ministère de l’Économie forestière.
Espèce emblématique d’Afrique centrale, le safoutier séduit par son fruit onctueux, riche en lipides, et par sa rusticité, capable de s’adapter aux sols ferrugineux du plateau batéké comme aux vallées alluviales du fleuve.
Un baromètre de la demande fruitière
Les pépiniéristes voient dans cet engouement un signal fort de la demande citadine pour des vergers familiaux, impulsée par l’essor des marchés bio et par la nostalgie gustative de la diaspora revenue passer les fêtes.
Selon l’ingénieur agronome Romain Nzoko, un hectare de safoutiers bien conduits peut générer jusqu’à quatre tonnes de fruit par saison, de quoi valoriser des zones périurbaines souvent délaissées et soutenir l’autosuffisance lipidique des ménages.
Les coopératives de femmes, très présentes sur le stand safou, envisagent déjà de transformer l’excédent en beurre cosmétique, créant un débouché supplémentaire et des emplois dans un bassin de Brazzaville en quête d’activités durables.
Défis économiques et logistiques
Pourtant, le bilan global de la Foire accuse un fléchissement : 169 hectares potentiels mis en terre contre 214 l’an passé, et une recette provisoire de 27 850 100 F CFA, soit une baisse de 47,96 %.
Les organisateurs pointent d’abord les tensions macro-économiques internationales, qui ont restreint le pouvoir d’achat, mais aussi la délocalisation du site, passé du quartier Plateau des 15 Ans au boulevard Denis Sassou-Nguesso, un changement ayant troublé une partie des habitués.
« Nous avons dû revoir nos prix à la baisse, sinon beaucoup de clients repartaient sans rien », confie Armand Mavoungou, pépiniériste de Makabandilou, qui plaide pour un système de bons d’achat subventionnés à l’intention des écoles et des associations vertes.
Voix de pépiniéristes passionnés
Malgré le ralentissement, l’ambiance est restée studieuse autour des stands pédagogiques où l’ONG Mboka Ntuka a montré, tablette en main, comment géolocaliser chaque plant via l’application nationale de suivi du reboisement.
Sur le podium de clôture, la ministre Rosalie Matondo a salué « la détermination exemplaire des horticulteurs » avant de remettre des attestations et de rappeler que l’amélioration sanitaire des plants demeure la clé de la fidélisation des acheteurs.
Elle a annoncé l’installation prochaine d’un laboratoire mobile de contrôle phytosanitaire capable de se déplacer de Kinkala à Ouesso, financé par un partenariat public-privé, pour réduire le taux de mortalité des jeunes arbres après transplantation.
Cap sur Bambou Mingali 2026
Le calendrier est déjà fixé : du 5 au 15 février 2026, la 10e édition se tiendra à Bambou Mingali, dans le district d’Ignié, en même temps que la grande Foire agricole nationale.
Cette mutualisation des salons, fruit d’un travail conjoint entre les ministères de l’Économie forestière et de l’Agriculture, vise à attirer deux fois plus d’exposants, notamment des semenciers fruitiers, des start-ups agtech et des institutions de microfinance rurales.
Les autorités locales d’Ignié espèrent que l’événement dynamisera l’entrepreneuriat des jeunes, beaucoup ayant suivi les formations d’agroforesterie dispensées par l’Institut national de recherche forestière.
Reboisement et trajectoire climat
Au-delà du commerce, la Foire demeure un dispositif de reboisement participatif : en neuf éditions, près de 1 500 hectares de vergers ont été plantés, ce qui représente plus de 1,2 million d’arbres fruitiers, d’après le service national des pépinières.
Ces plantations contribuent à fixer environ 200 000 tonnes de CO2 sur vingt ans, un apport apprécié dans l’actualisation des contributions déterminées au niveau national, tout en renforçant la sécurité alimentaire des zones urbaines.
Le défi, insiste la technicienne forestière Clarisse Ndinga, sera désormais de consolider un fonds tournant alimenté par la finance climat pour subventionner les petits producteurs, afin que l’édition 2026 surpasse la précédente et confirme le safoutier comme fer de lance d’un verdissement inclusif.
Innovation et suivi numérique
À quelques pas des stands, un écran géant diffusait des cartes satellitaires Sentinel montrant, en temps quasi réel, les zones d’enracinement des plants issus des précédentes foires, une première qui a captivé les scolaires en sortie pédagogique.
Ce dispositif, développé par le Centre congolais de télédétection, permettra d’évaluer la survie de chaque essence et d’orienter les opérations d’arrosage communautaire durant la saison sèche, limitant ainsi les pertes.
Financement vert et opportunités
Côté finances, la Banque postale du Congo a profité de l’événement pour lancer un micro-crédit vert à taux préférentiel, plafonné à deux millions de francs, destiné aux pépiniéristes désirant moderniser leurs serres ou installer des systèmes d’irrigation solaire.
Vers des jardins citoyens
À l’heure du démontage des stands, nombre de visiteurs repartaient avec un plant de safoutier sous le bras et l’idée que chaque jardin peut devenir un îlot de biodiversité, témoignant d’une transition écologique portée par les citoyens eux-mêmes.
Rendez-vous est donc pris pour février 2026 : à Bambou Mingali, le safoutier entend bien confirmer sa place de roi des vergers congolais.
