Port de pêche de Pointe-Noire : état des lieux
A l’ombre des grands cargos gorgés de pétrole, un nouveau quai se dessine à Pointe-Noire. Le futur port de pêche, fruit d’un partenariat entre le Port autonome de Pointe-Noire, l’Union européenne et l’Agence française de développement, avance à un rythme soutenu.
«Nous sommes ravis de voir que les travaux sont bien avancés et que l’achèvement se profile», a déclaré Carine Villemagne Kros, responsable Congo à la direction générale des partenariats internationaux de la Commission européenne, au terme d’une visite d’inspection effectuée le 2 décembre.
Infrastructures prévues et implantation
L’infrastructure est implantée dans la zone d’extension du Papn, sur un terre-plein gagné sur l’Atlantique. Elle comprendra deux postes d’accostage, une halle à marée réfrigérée, une fabrique de glace, des ateliers de réparation et un marché au détail modernisé.
Mécanisme de financement sécurisé
Le projet, chiffré à près de 31 millions d’euros, est financé à 60 % par l’Union européenne, 25 % par l’Afd et 15 % par le Papn. Cette répartition rassure les partenaires, car la contrepartie nationale est déjà sécurisée, évitant les retards courants des chantiers portuaires.
«Nous avons su boucler le financement et nous irons au bout», assure Séraphin Balhat, directeur général du Papn. L’ingénieur met en avant la mobilisation rapide des équipes congolaise, française et européenne : près de 300 ouvriers s’affairent actuellement sur le site, dont 85 % recrutés localement.
Retombées économiques pour la population
Les autorités espèrent que ce port spécialisé captera chaque année 40 000 tonnes de poissons, actuellement débarquées de façon informelle sur les plages. L’objectif est de multiplier par trois les revenus de la petite pêche artisanale et de stabiliser le prix du poisson sur les marchés urbains.
Le ministère de la Pêche prévoit la création directe de 1 200 emplois, auxquels s’ajouteront 2 500 postes induits dans la chaîne du froid, la logistique et la distribution. Des coopératives féminines, déjà actives dans le fumage du chinchard, négocient des espaces dédiés dans la future halle.
Un meilleur accès aux protéines halieutiques renforcera la sécurité alimentaire des quartiers populaires de Pointe-Noire, où la demande grimpe de 6 % par an. Les économistes estiment que chaque kilogramme débarqué localement épargne au pays près de 1 dollar d’importation de maquereau congelé.
Exigences environnementales et actions de protection
Au-delà de l’aspect économique, l’Union européenne exige le respect strict de ses standards environnementaux. Les remblais ont été contrôlés afin d’éviter tout rejet dans la baie. Un système de traitement des eaux de carénage filtrera hydrocarbures et peintures avant leur rejet autorisé.
Les mangroves voisines, nurserie naturelle des poissons, bénéficient d’un plan de restauration piloté avec l’ONG Renatura. Quatre hectares seront replantés en palétuviers, tandis qu’un sentier pédagogique accueillera des groupes scolaires pour sensibiliser à l’écosystème, souvent méconnu malgré son rôle contre l’érosion côtière.
Témoignages et formation locale
Sur la jetée, le pêcheur artisanal Dieudonné Moussavou se félicite : «Nous pourrons enfin débarquer de nuit sans craindre les voleurs et vendre directement au frigo. Le gain de fraîcheur vaut de l’or.» Son canot à moteur sera bientôt autorisé à accoster au quai numéro 2.
La coopération franco-congolaise englobe aussi la formation. Le lycée technique Charles-Boudeau ouvrira, dès septembre prochain, une filière «maintenance navale légère». Les meilleurs élèves effectueront des stages auprès des chantiers Métaline, adjudicataire des ateliers de réparation, consolidant ainsi un vivier de techniciens locaux.
Innovation numérique et calendrier
Le port sera équipé d’un système numérique de traçabilité qui attribuera un code QR à chaque lot de poissons. Les acheteurs pourront vérifier l’espèce, la zone de capture et la date. Cette innovation, saluée par les importateurs régionaux, ouvre la porte à une possible labellisation MSC.
Les ingénieurs tablent sur la fin des travaux civils en décembre 2025, suivie d’essais à vide de trois mois. La mise en exploitation commerciale est programmée pour le premier trimestre 2026, calendrier confirmé par le maître d’ouvrage lors de la réunion de chantier hebdomadaire.
Ouverture régionale et économie bleue
La modernisation envisagée renforcera la position stratégique de Pointe-Noire sur la façade atlantique, où transitent déjà le cuivre zambien et le manganèse gabonais. Un terminal pêche performant offrira des capacités d’export vers Kinshasa, Luanda ou São Tomé, diversifiant l’économie locale encore trop dépendante des hydrocarbures.
À mesure que les pieux s’enfoncent, c’est tout l’écosystème côtier qui se recompose. La réussite de ce chantier, mené avec méthode, témoigne d’une volonté collective d’ancrer durablement la croissance maritime congolaise dans l’économie bleue et de partager ses bénéfices jusque dans les ménages riverains.
Informations pratiques pour les riverains
Les mareyeuses intéressées peuvent déjà retirer les formulaires d’attribution d’emplacements auprès du guichet unique installé à la mairie d’arrondissement 3. Un numéro vert, le 1314, répond aux questions pratiques sur les tarifs de quai, les normes sanitaires et les calendriers de formation.
