Pointe-Noire, carrefour des ports ouest-centrafricains
L’ambiance du siège flambant neuf du Port autonome de Pointe-Noire a servi d’écrin aux 45e assises de l’AGPAOC, réunissant du 4 au 7 novembre vingt-quatre autorités portuaires d’Afrique de l’Ouest et du Centre.
Placée sous l’autorité du Premier ministre Anatole Collinet Makosso, la rencontre a affiché un double objectif : repenser la gestion du domaine portuaire et consolider la résilience économique des villes littorales.
Une pression spatiale et climatique grandissante
À l’horizon 2030, le trafic conteneurisé régional devrait doubler, alors que les surfaces disponibles dans plusieurs ports stagnent.
Cette tension spatiale, aggravée par la montée du niveau marin et la croissance urbaine, commande de nouvelles stratégies conciliant logistique, environnement et retombées sociales.
« Nos ports sont des phares économiques, mais ils doivent aussi devenir des bastions climatiques », a insisté le Premier ministre, saluant l’engagement de l’AGPAOC en faveur d’investissements durables.
La ministre des Transports, Ingrid Olga Ghislaine Ebouka-Babackas, a rappelé que la vision présidentielle consiste à « arrimer nos terminaux aux standards internationaux tout en réduisant l’empreinte carbone nationale ».
Trois chantiers prioritaires dégagés
Concrètement, trois blocs thématiques ont structuré les ateliers : réformes légales, partage d’expériences privées et protection foncière.
Sur le premier bloc, les juristes ont proposé d’actualiser les baux emphytéotiques afin d’autoriser des modèles de concession souples intégrant des clauses vertes.
Le directeur général de l’Office des ports et rades du Gabon, Martin Boguikouma, a plaidé pour des « textes capables d’épouser les cycles rapides de l’innovation ».
Les retours d’expérience du secteur privé ont mis en avant les solutions de guichet unique numérique, qui réduisent les files d’attente de 35 % et économisent jusqu’à 120 tonnes de CO₂ par an selon les estimateurs internes de l’AGPAOC.
Côté protection foncière, les directeurs généraux ont unanimement défendu une approche ville-port collaborative, combinant zonage urbain, ceintures vertes et barrière anti-érosion.
La nature en alliée des terminaux
Pour le Camerounais Cyrus Ngo’o, « ménager un corridor écologique entre la mangrove et les terminaux est un investissement moins coûteux qu’une digue en béton ».
Les discussions ont également mis l’accent sur la collecte de données harmonisées : un tableau de bord commun, alimenté par satellitaire et capteurs IOT, doit rendre les émissions et les flux plus transparents.
Cette transparence donnera crédibilité aux demandes de financements climatiques auprès du Fonds vert, soulignent les experts congolais de l’Observatoire national de l’environnement.
Des résolutions pour accélérer la transition
Au terme des travaux, vingt recommandations ont été adoptées. La priorité reste la révision des statuts de l’AGPAOC pour gagner en flexibilité, ce qui permettra d’intégrer plus rapidement les innovations énergétiques.
Les membres ont aussi validé un engagement collectif vers la certification ISO 14001 et la réduction de 30 % des émissions directes d’ici 2030.
Une distinction qui conforte la stratégie nationale
Le Port autonome de Pointe-Noire, hôte de l’événement, a ravi le prix du meilleur trafic transit pour 2024, confirmant la dynamique instaurée par sa direction générale sous la houlette de Séraphin Bhalat.
Pour la ministre Ebouka-Babackas, cette distinction « traduit concrètement la vision éclairée du président Denis Sassou-Nguesso : faire de Pointe-Noire une porte d’entrée fiable et compétitive ».
Partenariats et innovations énergétiques
L’adhésion d’observateurs européens et maghrébins ouvre, selon le secrétaire général Jean-Marie Koffi, « un pont vers des partenariats technologiques cruciaux pour les énergies propres ».
Déjà, des discussions portent sur l’implantation de parcs solaires flottants afin d’alimenter les grues électriques et le futur terminal céréalier, limitant le recours aux groupes diesel.
Les participants conviennent qu’au-delà du discours, la réussite reposera sur l’accès au financement. La Banque africaine de développement étudie une ligne de crédit de 150 millions USD dédiée à la transition énergétique portuaire.
Les collectivités locales, présentes en force, voient l’opportunité de créer des emplois verts dans la maintenance des équipements et le suivi environnemental.
Concertation avec les communautés
Les ONG, notamment l’ONG congolaise Renatura, insistent pour que le dialogue se poursuive avec les communautés de pêche artisanale dont les aires de repos se superposent parfois aux projets d’extension.
Selon les conclusions, chaque port devra publier un rapport annuel d’impact, base d’un mécanisme d’évaluation par les pairs qui sera lancé au 46e conseil.
Numérique et formation, moteurs de résilience
Les start-up congolaises, regroupées au sein du cluster Blue Tech, proposent des solutions d’optimisation des escales grâce à l’intelligence artificielle, pouvant réduire les temps de séjour des navires de douze heures.
Le directeur général du port de Lagos a confirmé l’efficacité de ces algorithmes, citant une économie annuelle de 4 millions de dollars sur les pénalités d’immobilisation.
L’AGPAOC mise sur l’élan numérique pour créer dès 2025 une académie régionale des métiers portuaires verts à Pointe-Noire.
Cette structure formera rapidement les jeunes côtiers, avec l’Université Marien-Ngouabi, pour renforcer l’employabilité locale.
Feuille de route commune
En somme, la feuille de route est claire : fluidité logistique, sobriété énergétique, inclusion sociale ; la dynamique collective semble, cette fois, bien enclenchée.
