PEZor, catalyseur d’énergie rurale
Dans un pays où plus de six habitants ruraux sur dix vivent encore sans courant, le Programme d’électrification des zones rurales, baptisé PEZor, se veut le fer de lance d’une stratégie nationale qui conjugue inclusion sociale et transition bas-carbone.
Piloté conjointement par le ministère de l’Énergie et de l’Hydraulique et le Programme des Nations unies pour le développement, le dispositif prévoit l’installation de 19 mini-centrales hybrides devant alimenter plus de 200 villages éparpillés du Kouilou à la Sangha.
Un potentiel hydroélectrique à valoriser
La représentante résidente du Pnud, Adama-Dian Barry, rappelle que les rivières torrentueuses et le majestueux fleuve Congo offrent un gisement hydraulique capable de fournir une électricité propre, régulière et compétitive, attendue depuis longtemps par artisans, écoles et dispensaires.
Pour elle, le PEZor constitue « la réponse nationale de référence » inscrite dans le Plan national de développement, car il transforme un héritage naturel sous-exploité en moteur industriel, grâce à des sources renouvelables désormais plus accessibles financièrement.
UniCongo, trait d’union avec le secteur privé
Connecté en visioconférence depuis Pointe-Noire, le président d’UniCongo, Michel Djombo, a salué la démarche « d’écoute et de transparence » promise par les autorités, condition essentielle, selon lui, pour libérer l’épargne des entreprises prêtes à investir.
Le dirigeant constate un « gap structurel » entre la croissance démographique et la capacité de production. Ce déficit freine l’industrialisation et oblige les entreprises à recourir à des groupes électrogènes coûteux et polluants.
UniCongo souhaite donc co-construire des schémas contractuels adaptés : concessions, co-financements, voire autoproduction partagée, afin que les sociétés congolaises participent à chaque maillon, de la pose de turbine à la facturation numérique.
Cadre légal favorable et rôle de l’État
Le ministre Émile Ouosso insiste sur la loi portant code de l’électricité, récemment révisée, qui ouvre officiellement la production, le transport et la distribution aux opérateurs privés, tout en maintenant l’État comme garant de l’équilibre territorial.
« Nous voulons que les entrepreneurs deviennent acteurs, pas simples consommateurs », résume le ministre, assurant que son département et le Pnud joueront les facilitateurs pour connecter porteurs de projets locaux et partenaires financiers internationaux.
Modèles bancables et garanties
L’équipe du PEZor a élaboré un business-plan assorti de projections de demande, de tarifs calibrés et d’études d’impact environnemental, suffisamment robustes pour séduire banques commerciales, fonds verts et assureurs désireux de structurer des obligations climatiques.
Selon les simulations partagées, le coût moyen du kilowatt-heure livré par une mini-centrale hydro-solaire resterait inférieur au diesel actuel, tout en réduisant les émissions de plus de 60 000 tonnes de CO2 sur vingt ans.
Le Pnud suggère également la création d’un guichet de garantie partielle de crédit afin de réduire le risque perçu dans les zones excentrées, où les revenus monétaires sont encore saisonniers et parfois informels.
Impacts attendus dans les territoires
Dans le district d’Igné, future première localité bénéficiaire, le chef traditionnel, Antoine Mbani, espère « réfrigérer les vaccins, ouvrir des ateliers de menuiserie et accueillir le soir les lycéens en révision », autant de services impossibles sans électricité fiable.
Les économistes du ministère évaluent à 12 000 le nombre d’emplois directs et indirects qui pourraient émerger lors de la construction des centrales, de la maintenance des réseaux et du développement d’activités agroalimentaires à valeur ajoutée.
À plus long terme, l’accès à une énergie stable devrait diminuer l’exode rural, sécuriser les revenus agricoles par la transformation locale du manioc et du cacao, et renforcer la résilience face aux aléas climatiques en favorisant l’irrigation.
Innovation sociale et numérique
Les concepteurs du programme misent sur la pré-paiement via mobile money pour faciliter la collecte des factures, réduire les fraudes et offrir des micro-formules à partir de 1 000 francs CFA, adaptées aux ménages vulnérables.
Partenariats sud-sud et transfert de savoir-faire
Des discussions avancées existent avec un consortium d’ingénierie marocain et une start-up kényane spécialisée dans les micro-grids. L’objectif est de rapatrier des solutions éprouvées sur des terrains tropicaux similaires et de former des techniciens congolais certifiés.
Feuille de route 2024-2026
La première phase, dès 2024, ciblera six sites pilotes pour valider la technologie et le modèle économique. La seconde, prévue en 2025-2026, étendra le réseau aux treize autres mini-centrales, une fois les audits techniques consolidés.
Une évaluation trimestrielle, adossée à des indicateurs genre, jeunesse et climat, sera rendue publique pour garantir la transparence, élément clé souligné par UniCongo afin de construire la confiance sur la durée.
À terme, le PEZor ambitionne de couvrir 30 % des besoins ruraux nationaux. Pour y parvenir, la mobilisation collective reste de mise, mais les signaux envoyés lors de ce déjeuner de travail confirment qu’un nouvel horizon énergétique s’ouvre.
