Une nouvelle source d’espoir à Djiri
Samedi 16 décembre, sur la plaine sableuse de Nkombo-Matari, dans le quartier Djiri, les vrombissements des pompes neuves ont couvert un instant les chants de la chorale locale. Lcde venait d’ouvrir la vanne d’une station capable d’approvisionner 5 000 foyers.
La cérémonie, ponctuée d’applaudissements, a réuni le ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique, Émile Ouosso, le ministre de la Justice et des peuples autochtones, Aimé Ange Wilfrid Bininga, des chefs coutumiers et des représentants de la jeunesse de Djiri.
Un forage profond et une filtration de pointe
Au centre du site, un forage de 146 mètres plonge dans une nappe d’eau protégée des polluants de surface. La pompe immergée, calibrée à 25 mètres cubes par heure, refoule l’eau vers deux réservoirs métalliques de 20 mètres cubes chacun, juchés sur pilotis.
Un conteneur blanc, climatisé, abrite l’unité de traitement. L’eau y transite par un correcteur de pH, un bac de chloration et des filtres à sable quartzique. Des agitateurs électriques maintiennent homogène la solution désinfectante avant qu’une console numérique ne valide les paramètres.
Des impacts mesurables pour 5 000 foyers
Pour Chrisostome Makita, directeur général de Lcde, « la modularité du dispositif permet de l’installer en trois mois là où une usine classique exige deux ans ». Selon lui, la consommation énergétique reste contenue grâce à des variateurs de fréquence et à l’éclairage solaire périphérique.
D’après la direction technique, la station de Nkombo-Matari produira 600 mètres cubes quotidiens. La moitié sera distribuée par gravité, l’autre via un réseau de bornes-fontaines où l’eau sera vendue à tarif social, un franc le bidon de vingt litres.
Témoignages des riverains et acteurs locaux
Sur le parvis de l’école primaire voisine, Clémence M’Bossa, commerçante, confie qu’elle marchait encore quatre kilomètres pour atteindre un puits semi-artisanal. « Je gagnerai deux heures chaque matin », sourit-elle, anticipant les économies sur le bois auparavant utilisé pour faire bouillir l’eau.
Le chef de bloc, Dieudonné Ngoma, rappelle que les autorités coutumières ont cédé gratuitement le terrain et mobilisé des jeunes pour sécuriser le chantier de nuit. « Nous avons protégé le forage comme notre propre source », précise-t-il, soulignant la participation communautaire au projet.
Vers un maillage hydraulique de la capitale
Le ministre Émile Ouosso note qu’il s’agit de la deuxième station compacte déployée dans la capitale après celle du Plateau des quinze ans. Son département prévoit d’en installer trois autres, dès 2024, dans les quartiers Mpissa, Mfilou et Talangaï, où la demande reste forte.
Selon le calendrier présenté, chaque unité coûtera environ 350 millions de francs CFA, financés par le budget national et des appuis de bailleurs multilatéraux. La Banque mondiale contribue déjà à un programme d’extension des conduites principales entre les arrondissements nord et le centre-ville.
Synergie publique-privé et financements verts
Pour le géographe Arnaud Samba, spécialiste de l’eau urbaine à l’université Marien-Ngouabi, la stratégie de micro-stations est pertinente face à l’étalement rapide de Brazzaville. « Ces modules collent mieux aux poches de croissance démographique que les grands ouvrages construits durant les décennies 1980 », explique-t-il.
La Congolaise des eaux indique qu’elle a standardisé les pièces de rechange pour éviter les ruptures qui avaient paralysé certains châteaux d’eau par le passé. Un centre d’appels unique pilotera la maintenance corrective, tandis qu’un tableau de bord visualisera en temps réel la turbidité distribuée.
Un partenariat avec l’incubateur local Ingeniosus permettra en outre de déployer des capteurs connectés low-cost sur dix fontaines pilotes. Les données de niveau d’eau et de qualité seront publiées en open data, offrant aux étudiants de la faculté des sciences une base d’analyse concrète.
Eau, santé et résilience climatique
Sur le plan sanitaire, le médecin du district, Dr Stéphanie Mouyabi, prévoit une diminution de 30 % des diarrhées d’origine hydrique d’ici deux ans. Elle explique que l’accès régulier à une eau conforme facilite aussi la vaccination pédiatrique, car les mères fréquentent plus souvent le dispensaire voisin.
Le service météorologique national rappelle que Djiri a connu trois épisodes de pluies intenses cet automne. En renforçant la ressource souterraine, la station limite la dépendance aux captages de surface, plus vulnérables aux boues charriées par les crues du fleuve et des ravins périphériques.
Repères pratiques pour les abonnés
À moyen terme, Lcde envisage de coupler les futures stations à des mini-parcs photovoltaïques. Une étude, en cours avec l’Agence congolaise de l’électrification rurale, examine le potentiel de 280 jours d’ensoleillement par an pour réduire davantage les coûts d’exploitation et les émissions.
Les habitants désireux de se raccorder peuvent dès maintenant retirer un formulaire auprès du comité de gestion installé à la mairie annexe. Les branchements standards coûtent 25 000 francs CFA, payables en trois tranches, et comprennent un compteur, un clapet antiretour et une visite technique.
Vers une cité sans soif
En libérant l’accès à l’eau potable, Nkombo-Matari témoigne d’une dynamique où les solutions locales, soutenues par les autorités, répondent aux Objectifs de développement durable. Les prochains mois diront comment cette goutte d’ingénierie se répliquera, quartier après quartier, pour faire reculer la soif urbaine.
