Un pari local sur l’électricité verte
Dans la salle de réunion de la Maison de la République à Pointe-Noire, l’émotion était palpable ce 23 décembre : trente-cinq jeunes du Kouilou ont reçu leur certificat en électricité-bâtiment et énergie solaire, marquant l’aboutissement d’un parcours inédit porté par le Projet Precika.
Initiée par le groupement des électriciens du Congo, avec l’appui financier de l’ambassade de France, l’opération vise à offrir une seconde chance à une jeunesse déscolarisée et vulnérable, tout en soutenant les ambitions nationales d’accès universel à l’électricité et de transition vers des sources renouvelables.
« Cette formation arrive à point nommé ; elle ouvre des perspectives économiques et éclaire littéralement nos districts », confie Séraphin André Lomba, directeur départemental de la formation qualifiante, rappelant que plusieurs localités périphériques s’appuient encore sur des groupes électrogènes coûteux pour couvrir leurs besoins domestiques.
Dix mois pour changer de trajectoire
Réunis à Pointe-Noire pour des raisons logistiques, les stagiaires, originaires d’Hinda, Loango et Madingo Kayes, ont alterné cours théoriques, simulations en atelier et chantiers grandeur nature pendant dix mois, sous la tutelle de formateurs endogènes du GEC, soucieux d’ancrer les compétences dans la réalité locale.
Cinq modules se sont succédé : lecture de plans, installation électrique domestique, montage solaire, gestion de groupes électrogènes et relation client. À chaque étape, les apprenants validaient un certificat intermédiaire, méthode qui, selon Honoré Moukolo Bambi, « maintient la motivation et matérialise la progression ».
La formation couplait des sessions transversales en entrepreneuriat, gouvernance associative et gestion de très petites entreprises. Cette hybridation, explique Edith Makanga, directrice départementale de la jeunesse, « prépare autant un citoyen responsable qu’un prestataire capable de formaliser un devis et négocier un contrat dans les normes ».
Des compétences calibrées pour la demande
Le Kouilou enregistre un boom immobilier et touristique, mais nombre de chantiers déplorent une expertise électrique limitée. En dotant le département de 35 professionnels formés aux normes de la Commission électrotechnique internationale, Precika répond à une demande réelle et réduit la dépendance à des intervenants venus de la capitale.
Chaque lauréat est reparti avec un kit de vingt-sept outils et une papeterie commerciale complète. Selon le formateur Cédric Bahekias, ces dotations « évacuent l’excuse du manque de matériel et encouragent la facturation transparente ». Les premiers devis, estimés entre 40 000 et 120 000 FCFA, circulent déjà dans les quartiers.
Entrepreneuriat: 35 TPE éclairent le Kouilou
Le projet a accompagné la création et la formalisation de 35 très petites entreprises, chacune immatriculée auprès du guichet unique de Pointe-Noire. Cette domiciliation simplifiée, rendue possible par la direction départementale de l’emploi, ouvre l’accès à la commande publique locale et aux micro-crédits des institutions de finance inclusive.
Kouandzi Loufouma Claude Mercia, 24 ans, prévoit d’installer huit systèmes solaires domestiques d’ici fin mars. « Ma priorité est d’alimenter les foyers des pêcheurs de Loango pour qu’ils puissent conserver la glace plus longtemps », explique-t-elle, convaincue que la valeur ajoutée sociale consolidera son carnet de commandes.
Les autorités locales se réjouissent déjà de pouvoir mobiliser ces compétences lors du programme communal d’électrification des centres de santé périphériques. Dans le même temps, l’ONG Jeunes Volontaires pour le Climat négocie un accord pour intégrer les nouvelles TPE dans son initiative d’audit énergétique communautaire.
Alliances institutionnelles et diplomatiques
Le partenariat GEC-ambassade de France s’inscrit dans le dispositif Kotonga, plate-forme franco-congolaise de soutien à l’insertion. L’implication rapprochée de la direction départementale de la jeunesse et de la formation qualifiante garantit, selon Clarisse Maya, maire de Loango, « une continuité après le départ des bailleurs ».
Le service économique de la préfecture signale que l’initiative s’aligne sur le Plan national de développement 2022-2026 qui fait de la promotion des métiers verts un axe essentiel. Cette synergie limite les doublons budgétaires et offre aux jeunes un environnement réglementaire stable pour développer leurs activités.
Impact social et climatique durable
Environ 120 tonnes de CO₂ pourraient être évitées chaque année si les 35 TPE installent chacune deux systèmes solaires résidentiels par mois, estiment les techniciens du GEC. Au-delà du chiffre, la substitution du diesel par le photovoltaïque améliore la qualité de l’air et réduit les nuisances sonores nocturnes.
Sur le plan sociétal, le taux de réussite de 100 % envoie un signal positif aux jeunes hors système scolaire. « Je pensais que l’électricité était réservée aux hommes ; aujourd’hui je porte une combinaison et je lis un plan », sourit Grâce Makosso, l’une des neuf diplômées, désormais formatrice bénévole à Hinda.
Prochaines étapes: amplifier la lumière
Le GEC élabore déjà une phase 2 prévoyant l’extension au district de Nyanga et l’ajout d’un module d’entretien de bornes de recharge pour véhicules électriques. Dans l’intervalle, les lauréats seront suivis par un incubateur mobile assurant coaching technique, appui comptable et facilitation d’accès au marché institutionnel.
Une hotline régionale, joignable au 1004, permettra aux ménages de signaler leurs besoins ou dysfonctionnements et d’être mis en relation avec l’entreprise la plus proche certifiée Precika.
Le ministère de l’Énergie étudie enfin la possibilité d’offrir un crédit d’impôt vert aux foyers équipés par les jeunes artisans, mesure qui consoliderait la viabilité économique du métier naissant.
