Brazzaville mise sur l’économie bleue durable
Dans la salle de conférence de la télévision nationale, l’expression «économie bleue» résonne désormais comme une promesse : valoriser fleuves, lacs et littoral tout en protégeant la vie aquatique. Un atelier inédit a réuni journalistes, experts et ONG pour ancrer ce concept.
Cette rencontre, tenue le 6 décembre à Brazzaville, marque un tournant : les médias sont sollicités pour expliquer aux citoyens que la pêche raisonnée, le transport fluvial propre ou la valorisation des sables coquilliers peuvent créer de l’emploi sans épuiser les ressources.
Des journalistes en première ligne
«Vous êtes les premiers relais de la connaissance», a rappelé Albin Blair Essanotae, chargé d’administration de la Télévision congolaise, en ouvrant les travaux. Son appel vise à transformer chaque micro, chaque caméra, en vecteur de pratiques durables sur l’eau.
Il a exhorté les reporters à poser des questions, enquêter sur les solutions locales, suivre la filière poisson jusqu’au marché, mais aussi montrer comment les chercheurs mesurent la qualité de l’eau. Loin d’un simple slogan, l’économie bleue devient ainsi angle permanent de rédaction.
Alignement sur la stratégie nationale
Depuis 2018, le Congo a inscrit l’économie bleue parmi les piliers de son Plan national de développement. Le président Denis Sassou Nguesso souligne régulièrement que la prospérité naîtra de la protection des écosystèmes aquatiques, garants de nutrition, d’énergie et de biodiversité.
Cette feuille de route, cohérente avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine, vise la modernisation des pêches artisanales, l’écotourisme fluvial et la dépollution des affluents urbains. Les journalistes formés suivront pas à pas l’avancée de ces chantiers.
Cap sur la sensibilisation communautaire
Sur les berges du fleuve Congo, l’économie bleue se ressent déjà : des coopératives de pêche femmes-jeunes appliquent des quotas et utilisent des embarcations moins gourmandes en carburant. Les reportages à venir mettront en avant ces initiatives souvent méconnues hors des rives.
Les experts rappellent que chaque tonne de poisson gérée durablement empêche l’émission d’une tonne et demie de carbone. Un chiffre parlant que télévision, radio et presse en ligne peuvent traduire en infographies afin de mobiliser élèves et décideurs locaux.
Innovation et finance pour les jeunes
L’atelier a également dévoilé des opportunités de financement vert accessibles aux startups congolaises : fonds africains pour la pêche durable, guichets climatiques de la BAD, microcrédits pour les moteurs hors-bord à énergie solaire. Autant de pistes à documenter pour inspirer la jeunesse.
«Nous voulons créer un carnet d’adresses partagé entre journalistes et entrepreneurs», explique Pitsou Lebala Issendet Abondo, président de la Fédération des associations pour l’économie bleue. Il mise sur des articles de solutions pour attirer investisseurs et mentors dans les quartiers périphériques.
Une gouvernance de l’eau renforcée
La qualité de l’eau reste le baromètre de la réussite. L’Institut national de recherche en sciences exactes installe des capteurs temps réel le long de la rive droite. Les données ouvertes permettront aux rédactions d’alerter rapidement sur une pollution ou un déficit d’oxygène.
Cette transparence scientifique s’appuie sur le partenariat signé entre le ministère de l’Environnement et la télévision publique. Les journalistes disposeront d’un accès direct aux tableaux de bord, renforçant ainsi leur rôle de vigie positive plutôt que de simple commentateur.
Enjeux régionaux et coopération
Dans le golfe de Guinée, la surexploitation par des flottilles étrangères menace pourtant stocks et stabilité sociale. Le Congo plaide pour une coopération régionale afin de fixer des quotas communs et améliorer la surveillance par satellite de la zone économique exclusive.
L’atelier a montré comment croiser images Sentinel-2, données AIS et témoignages de pêcheurs. Une méthodologie qui permettra aux rédactions d’enquêter sur les intrusions tout en valorisant la diplomatie environnementale défendue par Brazzaville au sein de la Commission du golfe.
Témoignages de terrain
Fernande, journaliste à Pointe-Noire, se réjouit : «J’avais l’habitude de couvrir les ports pétroliers, je vais désormais montrer comment les jeunes transforment les algues en engrais». Pour elle, l’économie bleue offre des récits porteurs d’espoir et d’emplois.
Du côté des communautés de Dolisie, le pêcheur Kassongo note déjà l’effet des messages radio sur la taille minimale des captures : «Les contrôles sont plus simples ; chacun sait qu’en respectant la mesure, le poisson reviendra». Un engagement citoyen naissant.
Prochaines étapes après l’atelier
À la clôture de l’atelier, chaque journaliste a reçu une attestation, sésame symbolique mais aussi rappel de responsabilité. Les organisateurs prévoient un suivi trimestriel : partage de sujets, mentorat, visites de terrain et mise en commun des bases de données.
En dotant les médias d’outils et de connaissances, Brazzaville veut faire de l’économie bleue un réflexe national. Pour les rédactions, le défi commence maintenant : raconter l’eau, ses richesses et ses limites, afin que chaque citoyen devienne gardien des ressources.
Ressources utiles pour les rédactions
Le ministère mettra dès janvier à disposition un guide numérique recensant contacts d’ONG, laboratoires, coopératives et portails de données ouvertes. Les journalistes pourront y trouver protocoles d’échantillonnage, fiches espèces protégées et modèles économiques éprouvés.
Un numéro vert, 1444, sera également lancé pour signaler déversements illégaux ou filets maillants non conformes. Les appels, géolocalisés, permettront d’alerter simultanément autorités, rédactions et associations, renforçant ainsi la réactivité sur tout le bassin.
