Vision bas carbone du Congo
Sous le faste des salons monégasques, la voix congolaise s’est faite entendre. Maixent Raoul Ominga, patron de la SNPC, a défendu la feuille de route hydrogène du Congo devant décideurs et industriels, lors du Forum international organisé les 1er et 2 décembre.
Consacré aux promesses mondiales de l’hydrogène, l’évènement, piloté par la Monaco Hydrogen Alliance dont la SNPC est membre leader, sert chaque année de plateforme d’alliances et de démonstrations technologiques destinées à accélérer la transition vers des énergies à faible émission.
La délégation congolaise y a détaillé une stratégie en trois piliers – bleu, blanc, vert – qui vise à transformer le gaz, le sous-sol et le soleil du pays en leviers économiques tout en réduisant l’empreinte carbone nationale.
Trois couleurs pour une stratégie
Le concept de « tricolore énergétique » présenté par Maixent Raoul Ominga reprend les codes du marché mondial : l’hydrogène bleu découle d’un gaz naturel décarboné, le blanc est naturellement présent dans le sol, et le vert provient exclusivement des renouvelables.
Hydrogène bleu : gaz et torchage limité
Premier pilier, le bleu s’appuie sur des réserves gazières déjà exploitées le long de la côte atlantique. En valorisant ces molécules grâce à des unités de captage et en réduisant le torchage, le Congo veut conjuguer sécurité énergétique et baisse des émissions.
Le directeur général de la SNPC a rappelé que la réduction du torchage, inscrite dans les engagements climatiques nationaux, ouvre la voie à de nouveaux investissements tout en créant des emplois qualifiés dans le raffinage et la maintenance des infrastructures gazières.
Hydrogène blanc : trésor de la Cuvette
Le second pilier repose sur la Cuvette, zone au nord-est où des indices géologiques d’hydrogène natif ont été détectés. L’objectif est d’explorer ce potentiel encore vierge, susceptible de fournir une ressource sans carbone et sans passer par un procédé industriel lourd.
Maixent Raoul Ominga a souligné que l’exploitation responsable de cette ressource exigera des études approfondies sur la géologie, l’eau et la biodiversité locales afin de garantir une cohabitation harmonieuse avec les communautés rurales alentour.
Hydrogène vert : soleil et rivières au service de l’avenir
Troisième axe, l’hydrogène vert mise sur les atouts naturels du pays, abondance solaire et réseau hydrographique dense. Le projet de pôle solaire-hydrogène, évoqué à Monaco, ambitionne de coupler fermes photovoltaïques et électrolyseurs alimentés par une électricité totalement renouvelable.
Cette orientation s’inscrit dans la volonté gouvernementale de diversifier le mix énergétique et de favoriser l’émergence d’une filière industrielle nouvelle qui puisse exporter, créer de la valeur locale et renforcer la sécurité d’approvisionnement du secteur électrique national.
Une diplomatie énergétique renforcée
La présence active de la SNPC au sein de la Monaco Hydrogen Alliance illustre une diplomatie énergétique tournée vers les partenariats. Les échanges bilatéraux menés en marge du forum ont porté sur la formation des ingénieurs, le partage de données et la recherche de co-financements.
« Le Congo veut être une destination fiable pour les investisseurs propres », a déclaré le dirigeant congolais, rappelant que la transition énergétique est aussi une chance pour diversifier l’économie et stimuler l’innovation africaine.
Perspectives pour les communautés et les investisseurs
Pour les communautés, la feuille de route ouvre des perspectives d’emplois spécialisés et de projets d’infrastructures accrues, à condition que les retombées soient équitablement réparties et que les programmes de formation soient accessibles à la jeunesse du pays.
Les acteurs financiers, présents à Monaco, ont salué le cadre clair présenté par la SNPC. La transparence des flux de carbone et la certification des molécules d’hydrogène constituent, selon eux, des garanties essentielles pour débloquer des capitaux verts à long terme.
De nombreux observateurs soulignent toutefois que la réussite de cette ambition passera par une coordination étroite entre entreprises, universités et collectivités locales afin de sécuriser les données, les infrastructures et les compétences nécessaires.
Les prochaines étapes incluent l’élaboration d’une feuille de route réglementaire, l’identification de sites pilotes et la mise en place de mécanismes de financement mixtes pour assurer la bancabilité des projets annoncés.
En quittant Monaco, Maixent Raoul Ominga a réaffirmé l’engagement de la SNPC à livrer des résultats « dès 2025 ». La triple approche hydrogène doit ainsi transformer le paysage énergétique congolais tout en positionnant le pays comme un partenaire incontournable de l’Afrique centrale bas carbone.
Sur le plan régional, la feuille de route congolaise pourrait servir d’inspiration aux États voisins confrontés aux mêmes impératifs de diversification énergétique. Des mécanismes d’interconnexion pourraient permettre, à terme, d’exporter un surplus d’hydrogène propre vers les corridors industriels d’Afrique centrale.
Les scientifiques congolais, réunis au sein de plusieurs laboratoires universitaires, travaillent déjà sur des prototypes de capteurs et d’électrolyseurs adaptés aux conditions tropicales. Leur intégration dans les projets pilotes garantirait une appropriation locale de la technologie, étape clé pour renforcer la souveraineté énergétique.
Les organisations de la société civile comptent, pour leur part, suivre de près la mise en œuvre afin d’assurer une participation citoyenne, la protection des écosystèmes et la diffusion transparente des résultats environnementaux.
