Un partenariat forestier pionnier
À Brazzaville, le week-end dernier, le Comité conjoint de mise en œuvre de l’Accord de partenariat volontaire APV-FLEGT s’est réuni pour la 22e fois. Autour de la table, la ministre Rosalie Matondo et l’ambassadrice de l’Union européenne Anne Marchal ont dressé le bilan d’un engagement inédit.
Treize ans après l’entrée en vigueur de l’accord, le Congo demeure l’un des rares pays africains à viser une traçabilité totale du bois exporté vers le marché européen, tout en préservant les revenus forestiers indispensables aux communautés rurales et aux finances nationales.
Une évaluation technique sous la loupe
Les experts ont d’abord examiné les progrès du plan d’action 2024-2028, à mi-parcours de son lancement. Les résultats montrent plus de 70 % d’objectifs partiellement ou totalement atteints, notamment sur la transparence des permis et la formation des inspecteurs forestiers, selon le ministère.
Le Comité a salué l’installation de trente cellules locales de concertation qui associent administrations, industriels et représentants communautaires. « La gouvernance forestière se construit au village », a rappelé Rosalie Matondo, insistant sur la nécessité d’une information accessible aux riverains avant toute opération d’abattage.
Certificats de légalité, graal des exportateurs
La délivrance des premiers certificats de légalité reste attendue par les scieries de Pointe-Noire. Ces précieux sésames conditionneront l’entrée du bois congolais sur le marché européen à partir de 2025, date d’application du règlement UE sur la déforestation.
Selon Anne Marchal, « le Congo progresse et pourrait devenir fournisseur de référence, pourvu que la chaîne de contrôle reste sans faille ». Quatre concessions pilotes ont déjà validé les audits indépendants exigés par Bruxelles, ouvrant la voie aux attestations officielles.
Au port autonome, les opérateurs logistiques installent actuellement des scanners 3D capables de vérifier instantanément la concordance entre les volumes déclarés et les volumes embarqués. Ces dispositifs, financés par l’UE à hauteur de trois millions d’euros, réduiront sensiblement les risques de sous-facturation.
Numérisation: le système informatique se muscle
Pour sécuriser le processus, le Système informatisé de vérification de la légalité (SIVL) a été renforcé. Désormais, chaque grume reçoit un code QR permettant aux douanes comme aux acheteurs de suivre son parcours du parc à grumes jusqu’au port.
Les ingénieurs développent un module d’émission automatisée des permis, attendu fin 2024. L’objectif est de réduire les délais administratifs de cinq à deux jours et de supprimer la paperasse, source potentielle d’erreurs et de fraudes, rappelle le chef de projet informatique.
Nouveau code forestier, attentes des communautés
La session a également planché sur les textes d’application de la loi 33-2020. Les directives d’aménagement simplifié doivent clarifier les droits d’usage des populations, notamment la collecte de produits forestiers non ligneux, essentiels aux revenus domestiques et à la sécurité alimentaire.
Justin Ngoma, représentant d’une coopérative de la Sangha, salue ces avancées: « Nos villages attendent de savoir comment accéder aux bénéfices des taxes de superficie et aux mécanismes de partage carbone ». Le ministère prévoit des ateliers de vulgarisation dès le prochain trimestre.
La question du genre a aussi émergé. Des ONG comme Azur Développement plaident pour que les contrats sociaux intègrent la participation des femmes aux comités de gestion, estimant qu’elles sont les premières utilisatrices des PFNL pour l’alimentation et les soins familiaux.
Prochaine étape: session unique dès 2026
Pour gagner en efficacité, le Comité conjoint tiendra une session annuelle unique à partir de 2026. Cette cadence allégée, validée d’un commun accord, doit permettre de concentrer les ressources sur le terrain tout en maintenant un dialogue politique régulier, explique la délégation européenne.
Un rapport récapitulatif sera toutefois publié tous les six mois, grâce aux données transmises par les services déconcentrés. Les organisations de la société civile, déjà observatrices, disposeront ainsi d’indicateurs actualisés pour suivre la traçabilité et signaler d’éventuels manquements.
Enjeux climatiques et opportunités économiques
Alors que la planète se fixe des objectifs de neutralité carbone, le Congo mise sur ses forêts couvrant 65 % du territoire pour conjuguer développement et protection du climat. L’APV-FLEGT renforce cette stratégie en garantissant que chaque mètre cube exporté respecte la législation.
Les recettes issues d’un bois légalisé pourraient atteindre 400 millions de dollars par an, selon la Fédération des industriels du bois. Une manne susceptible de financer l’électrification rurale, la modernisation des infrastructures et des programmes de reboisement communautaires.
« Nous devons transformer ce potentiel en emplois verts pour la jeunesse », insiste la ministre Matondo, rappelant qu’une usine de panneaux valorisant les chutes de sciage ouvrira en 2025 à Ouesso. Elle créera deux cents emplois directs, prioritairement pour les riverains.
Parallèlement, le pays finalise une stratégie d’accès aux marchés volontaires du carbone. Les résultats du SIVL serviront à étayer les crédits générés par la réduction de la déforestation, offrant une source additionnelle de revenus pour financer les objectifs de développement durable.
En conclusion de la session, Anne Marchal a salué « un partenariat solide, capable d’inspirer d’autres bassins tropicaux ». Le prochain rendez-vous, prévu à Ouesso, devrait inclure une visite de terrain afin de mesurer concrètement l’impact des réformes sur les communautés forestières.
