Coordination nationale des systèmes alimentaires
À Brazzaville, le 29 décembre, le ministère congolais de l’Agriculture a lancé, avec l’appui de la FAO, un projet destiné à dynamiser la coordination nationale des systèmes alimentaires, enjeu devenu central pour la sécurité alimentaire et l’emploi rural du pays.
La cérémonie, ouverte aux médias, a réuni des représentants de vingt-trois ministères sectoriels, des partenaires techniques et financiers, des entreprises agro-industrielles ainsi que des organisations de la société civile, témoignant d’une mobilisation inédite autour d’un même agenda nourricier.
Pour Pascal Robin Ngoka, directeur de cabinet du ministre, « cette plateforme place enfin toutes les politiques agricoles, nutritionnelles et climatiques sur une même carte, afin de gagner en cohérence et en impact ». Son discours a fixé le cap d’un programme à long terme.
Un partenariat stratégique avec la FAO
La FAO, par la voix de son chargé de programme Techel Ekoungoulou, a salué l’engagement du gouvernement congolais, rappelant que la transformation des systèmes alimentaires « n’est plus une option mais une nécessité » face à la croissance démographique et au stress climatique.
L’organisation onusienne finance une assistance technique évaluée à 250 000 dollars, couvrant formations, études de marché, cartes interactives et séances d’accompagnement pour chacune des treize directions régionales de l’agriculture, afin d’ancrer le projet dans les réalités des terroirs.
Dans le même esprit, le bureau sous-régional de la FAO à Libreville mettra à disposition un centre d’appel bilingue, accessible au 888, pour orienter coopératives, collectivités locales et jeunes entrepreneurs sur les procédures de subvention ou de certification prévues par la future feuille de route.
Feuille de route et ambitions concrètes
La feuille de route, dont l’actualisation est attendue pour mars, détaillera les responsabilités de chaque ministère, les indicateurs de performance et un calendrier triennal. Elle intégrera également les engagements internationaux pris à Rome en 2021 lors du Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires.
Une innovation réside dans la création d’un guichet unique numérique, hébergé par le Centre national de recherche agronomique, qui permettra à un producteur de Pointe-Noire ou de Ouesso de suivre ses demandes de soutien logistique ou financier en temps réel via un simple téléphone.
Le projet encourage en outre l’agroforesterie et la diversification des régimes alimentaires grâce à des incitations fiscales sur les semences améliorées, couplées à des sessions de formation sur la nutrition maternelle. Ces mesures visent à réduire la dépendance à l’importation et à stabiliser les prix.
Voix des parties prenantes congolaises
Interrogée à la pause, Yvonne Malonga, présidente de la Fédération des maraîchers de Madibou, se dit rassurée : « Les agriculteurs familiaux seront enfin consultés avant toute décision ; c’est une première qui nous donne voix au chapitre et aux subventions ».
Du côté académique, le professeur Didier Wassi, agro-économiste à l’Université Marien-Ngouabi, insiste sur la rigueur des indicateurs : « Chaque franc public engagé devra être suivi jusqu’à l’impact nutritionnel, sinon la confiance des bailleurs s’effritera ».
Les entreprises de transformation, représentées par la Congolaise des Huiles Végétales, voient déjà des opportunités d’approvisionnement local. Son directeur commercial prévoit d’augmenter de 15 % ses achats auprès des coopératives nationales si la coordination promise fluidifie les procédures de collecte et d’analyse de qualité.
Impact attendu sur la sécurité alimentaire
En améliorant la cohérence des politiques, le programme ambitionne de réduire de moitié la prévalence de l’insécurité alimentaire aiguë d’ici 2030, en ligne avec l’Objectif de développement durable numéro deux sur la faim zéro.
Le gouvernement souhaite aussi limiter les pertes post-récolte à 10 % grâce à des infrastructures de stockage sous atmosphère contrôlée dans les zones de production de manioc, d’igname et de maïs, financées par un mix de prêts concessionnels et de partenariats public-privé.
Selon les simulations de la FAO, la mise en réseau des chambres froides pourrait éviter l’émission de 120 000 tonnes équivalent CO2 par an, via une réduction des gaspillages et une optimisation logistique, apportant un co-bénéfice climatique notoire.
Un module d’éducation nutritionnelle sera introduit dans les programmes des écoles primaires, en partenariat avec le ministère de l’Enseignement général, pour sensibiliser les enfants aux choix alimentaires sains et valoriser les produits locaux comme le safou et le taro.
Prochaines étapes et rôle des communautés
À court terme, un comité technique sera installé dans chaque département pour recueillir les retours des communautés grâce à des radios locales et à la messagerie WhatsApp, afin d’ajuster la feuille de route en continu et de prévenir tout goulot d’étranglement.
Les citoyens peuvent déjà composer le 144, numéro vert du ministère, pour signaler un retard de distribution d’intrants ou demander un accompagnement technique. Les réponses sont transmises aux services agricoles en moins de quarante-huit heures, assure la directrice de la qualité, Reine Tsiba.
De Brazzaville à Impfondo, la dynamique enclenchée ambitionne de faire du Congo un laboratoire régional de gouvernance alimentaire. Les partenaires invitent les jeunes chercheurs à proposer des indicateurs innovants afin que les progrès soient visibles, mesurés et surtout partagés.
