Belém: la tribune mondiale du Bassin du Congo
Sur les rives de la baie de Guajará, la Cop30 a offert au Congo l’occasion de rappeler que la « deuxième forêt tropicale du monde » compte aussi les premières gardiennes de sa canopée : les communautés locales et peuples autochtones, piliers silencieux de la stabilité climatique planétaire.
En présentant la position nationale, la ministre de l’Économie forestière, Rosalie Matondo, a plaidé pour un financement « équitable et direct » vers ces acteurs, soulignant que protéger 23,5 millions d’hectares de forêt ne peut se faire sans soutenir ceux qui y vivent et en vivent.
Un cadre juridique forestier modernisé
Depuis 2020, la loi 33 modernise la gouvernance forestière congolaise. Elle ancre la gestion durable, crée des aires protégées et reconnait les Autres mesures efficaces de conservation basées sur la zone, alignant le droit national sur les cibles post-2020 de la Convention sur la diversité biologique.
Pour la juriste Mireille Samba du Centre national d’inventaire et d’aménagement des ressources forestières, « ce texte sécurise enfin l’usage coutumier et clarifie les bénéfices auxquels les villages ont droit quand une concession exploite leur terroir ». Un pas salué par les ONG.
Consentement et chaînes de valeur locales
Autre avancée, l’inscription du Consentement libre, préalable et informé. Avant chaque projet, les clans pygmées ou bantous valident les plans et négocient leurs retombées. Dans le district de Pikounda, ce dialogue a débouché sur la création d’un fonds villageois dédié aux femmes récoltant le miel.
Sur la même logique, Brazzaville ambitionne de transformer 85 % du bois sur place d’ici 2025. Le passage de grumes brutes à des panneaux ou meubles augmente la valeur ajoutée locale et réduit les exportations de troncs, transport coûteux et à forte empreinte carbone.
REDD+, TFFF: nouvelles sources de revenus verts
Au-delà des recettes fiscales, le gouvernement mise sur les mécanismes REDD+ pour rémunérer la non-déforestation. Le programme pilote du nord-Congo a déjà généré des crédits carbone vendus au Fonds de partenariat pour le carbone forestier, finançant des écoles et un poste de santé.
Belém a vu surgir un autre outil, le Tropical Forests Forever Facility. Rosalie Matondo y voit « un levier inédit pour payer chaque hectare préservé, sans dettes additionnelles ». L’initiative envisagerait un fonds perpétuel dont seuls les intérêts soutiendraient conservation et reboisement.
Décennie onusienne de reboisement: une opportunité
L’appel congolais s’inscrit aussi dans la Décennie des Nations unies pour le boisement et le reboisement 2027-2036, portée à l’Assemblée générale grâce à une résolution pilotée par Brazzaville. Objectif : faire de la plantation d’arbres une priorité mondiale, à l’instar des océans ou de l’énergie.
Le ministère prévoit déjà d’étendre le programme « Un million d’hectares restaurés » lancé dans la Sangha. Grâce à des pépinières communautaires, 12 000 emplois saisonniers ont été créés en deux ans, selon les chiffres du Projet forêt climat, soutenu par la Banque mondiale.
Transparence et équité: demandes des communautés
Malgré ces progrès, les organisations autochtones rappellent les retards de décaissement. « Sur dix dollars promis, un seul atteint la forêt », estime Joseph Mbani de l’Association Sangha-Ouest. Il demande des procédures simplifiées et la possibilité pour les clans de gérer eux-mêmes de petits budgets.
Le ministère répond qu’un registre national des projets communautaires sera opérationnel début 2025. Il liera chaque versement à des indicateurs de biodiversité, d’éducation ou de santé. Cette transparence doit, selon Rosalie Matondo, « rassurer les bailleurs et réduire les fuites financières ».
Pour Tryphon Obami, chercheur à l’Université Marien-Ngouabi, la reddition de comptes ne doit pas devenir un frein : « Imposer des audits coûteux a déjà bloqué des micro-projets d’énergie propre. Adaptés à l’échelle locale, des contrôles participatifs suffisent souvent. » Un débat suivi à Belém.
Coopération Sud-Sud et partenariats financiers
La rencontre a renforcé la coopération Sud-Sud. Le Congo, l’Indonésie et le Brésil ont convenu de mutualiser leurs images satellite pour détecter les coupes illégales en temps quasi réel. Un protocole d’échange de données sera signé lors du prochain sommet des Trois Bassins.
Parallèlement, la Banque africaine de développement étudie une ligne de crédit verte de 150 millions de dollars dédiée aux petites et moyennes entreprises forestières congolaises. Objectif : financer équipements à haut rendement, séchoirs solaires et certification FSC, créateurs d’emplois pour la jeunesse rurale.
Vers la Vision Congo Vert 2030
Toutes ces initiatives convergent vers la Vision Congo Vert 2030, adossée au Plan national de développement 2022-2026. Elle table sur une croissance carbone-neutre reposant sur la foresterie, l’écotourisme et l’agroforesterie, tout en apportant eau potable, écoles et routes aux villages isolés.
À Belém, le Congo a surtout rappelé que la stabilisation du climat global a un coût local et humain. En investissant dans les peuples autochtones, les bailleurs achètent bien plus que des tonnes de carbone : ils garantissent un avenir partagé et résilient.
Pour concrétiser cette vision, un centre régional de formation sur l’économie verte ouvrira à Ouesso en 2026. Il accueillera chaque année 300 jeunes du bassin pour apprendre la cartographie participative, la menuiserie durable ou la gestion des pépinières, compétences revendues ensuite sur les marchés locaux.
