Festival de la mer 2025 : solidarité côtière
Depuis la plage de Tchiamba-Nzassi, les étals de poissons frais côtoyaient ce 27 novembre les stands pédagogiques dressés pour la 8ᵉ édition du Festival de la mer 2025. Pêcheurs, chercheurs, élèves et autorités locales ont partagé rires, recettes et inquiétudes autour d’une même conviction : l’océan nourrit et unit.
Pour Quentin Bodiguel, directeur adjoint de Renatura Congo, « cette journée mondiale des pêcheurs artisans rappelle que la solidarité maritime traverse les frontières et renforce les communautés ». Son discours a ouvert la manifestation, avant une parade de pirogues décorées aux couleurs des villages du Kouilou et de Pointe-Noire.
Entre deux chants, des ateliers ludiques expliquaient la dérive des filets fantômes, l’impact du plastique et les règles de taille minimale de capture. Les enfants peignaient des tortues marines, symboles du programme phare de l’ONG, pendant que leurs parents échangeaient sur la flambée du carburant.
Pêche artisanale, pilier économique local
À Pointe-Noire, la pêche artisanale génère plus de 70 % du poisson consommé localement selon la Direction départementale de la Pêche. Elle fait vivre près de 15 000 personnes, de la sortie en mer à la fumaison, sans oublier les vendeuses de braise qui animent la criée dès l’aube.
Pourtant, la pression sur les stocks s’accentue. « Nos filets reviennent plus légers », confie Esther Mvoula, patronne de pirogue à Loango, évoquant la compétition croissante avec des navires industriels mieux équipés. La volatilité du prix du gasoil complique encore la rentabilité des marins.
Les autorités congolaises encouragent néanmoins la modernisation des embarcations, l’accès au froid solaire et la certification sanitaire afin de sécuriser les revenus et d’ouvrir la porte d’exportations régionales. Le Festival a servi de vitrine à plusieurs prototypes de glacières à haute efficacité énergétique.
La biodiversité marine sous pression
Le littoral congolais abrite cinq espèces de tortues marines, dont la luth, classée vulnérable par l’UICN. Les filets dérivants et la lumière des chalutiers désorientent les femelles venant pondre sur les plages de Djeno ou Madingo-Kayes, réduisant chaque année la taille des pontes observées.
Les récifs coralliens au large de Tchiengue souffrent, eux, d’un blanchissement accentué par la hausse de température de l’eau. « Nous avons enregistré un relargage de 1,2 °C par rapport à la moyenne 2000-2010 », précise la biologiste Victorine Okemba, citant des mesures issues de bouées autonomes déployées depuis 2021.
Pour inverser la tendance, Renatura Congo place des balises GPS sur les tortues capturées accidentellement, afin de cartographier les couloirs migratoires. Les données, partagées avec la Direction générale de l’Environnement, orientent la délimitation de zones de repos biologiques temporaires.
Témoignages de filets et d’espérance
Assise sous un filao, Mama Séraphine fume des sardines depuis quinze ans. Elle se souvient des premières visites des animateurs de Renatura. « On pensait qu’ils voulaient interdire la pêche. Aujourd’hui, je sais qu’une tortue protégée, c’est aussi plus de touristes et donc plus d’acheteurs ».
Plus loin, Rodrigue Ngoma, mécanicien de pirogues, présente une hélice allégée imprimée en aluminium recyclé par une start-up congolaise. L’outil réduit la consommation de carburant de 15 % lors des sorties lointaines. « Moins de gasoil, c’est moins de dettes et moins de gaz à effet de serre », dit-il.
Des lycéens de Mpaka ont créé un podcast solaire racontant la vie des marins et les règles de sécurité. Lauréat d’un concours FAO-UNESCO, il sera bientôt adapté en kit pédagogique pour trois départements.
Feuille de route vers une pêche durable
À l’issue des tables rondes, un mémorandum communautaire a été signé, prévoyant la réduction volontaire des maillages inférieurs à 40 mm, l’interdiction des lampes LED de haute puissance et la mise en place d’un comité de surveillance participative doté d’un numéro vert fonctionnant 24 heures sur 24.
Le ministère de l’Économie bleue mobilise 350 millions CFA du Fonds climat pour doter six villages pilotes de traceurs GPS et de registres numériques des captures, gages de traçabilité et de futurs revenus sur le marché carbone.
Parallèlement, la société d’électricité publique teste à Ariana des bornes nocturnes pour moteurs hors-bord électriques. Les premières mesures montrent une économie annuelle de deux tonnes de CO₂ par pirogue. Les volontaires bénéficient d’une remise de 20 % sur leur facture domestique.
« Le défi est de concilier souveraineté alimentaire et équilibre écosystémique », résume Quentin Bodiguel. Le prochain pas sera l’adoption d’un code de la pêche artisanale, attendu en 2025, auquel contribueront chercheurs, coutumiers et coopératives, dans un esprit de co-construction salué par les partenaires internationaux.
Science et coopération régionale
Des océanographes de l’Université Marien-Ngouabi ont profité du festival pour présenter la première carte haute résolution des courants de la plaine côtière, élaborée avec des images Sentinel-3. L’outil permettra d’anticiper les zones d’upwelling propices à la reproduction et d’alerter en cas de marée rouge.
La République du Congo, le Gabon et l’Angola finalisent aussi un protocole d’échange de données VMS pour limiter la pêche INN au large de leur Zone d’Intérêt Commun. Ce partage d’informations, soutenu par la Commission du golfe de Guinée, sera testé lors de la prochaine saison sèche.
