Violences numériques en hausse au Congo
Le 25 novembre, la Rencontre pour la paix et les droits de l’homme a publié une note de position pour la Journée internationale contre les violences faites aux femmes, rappelant que l’exclusion des femmes rurales des instances décisionnelles constitue une violence aussi réelle que les coups ou les insultes.
Cette publication s’inscrit dans la campagne onusienne « Tous unis pour mettre fin à la violence numérique », quinze jours d’alertes sur les menaces qui circulent par téléphones et réseaux sociaux, un sujet encore peu documenté au Congo mais dont les témoignages se multiplient dans les villes comme dans les villages.
La directrice de l’OCDH, Nina Kiyindou, et la journaliste indépendante Rosie Pioth ont raconté des vagues d’injures, de rumeurs et d’intimidations en ligne. Même des personnalités politiques telles que la candidate Princesse Mouangassa ont subi le doxing, illustrant que nul n’est à l’abri de ces violences virtuelles.
Des villages touchés par l’injustice foncière
Hors ligne, les femmes des communautés locales et populations autochtones ressentent d’autres violences silencieuses. Bien que le Code forestier de 2020 encourage une gouvernance participative, beaucoup restent exclues des comités qui décident de l’usage des forêts, des rivières, ou de la répartition des compensations versées par les sociétés forestières.
« Nous entretenons la forêt, pourtant nous ne savons pas à quel prix ses grumes partent », confie Marie-Claire, planteuse de manioc dans le Kouilou. Son groupe de travail féminin ne détient ni procès-verbal, ni accès aux chiffres, alors que ces données conditionnent l’arrivée de puits, d’écoles ou de centres de santé.
L’accès limité à la terre prolonge cette vulnérabilité : selon l’enquête 1-2-3 de l’Institut national de la statistique, seules 11 % des femmes rurales possèdent un titre foncier à leur nom, un verrou juridique qui freine les investissements agricoles et rend difficiles les garanties auprès des banques.
Selon la Commission nationale des droits de l’homme, les conflits fonciers traités en 2022 ont concerné dans un cas sur trois la contestation du droit d’une femme à hériter, or la lenteur des tribunaux ruraux décourage souvent les plaignantes, laissant les litiges se régler par la coutume.
RPDH mise sur la participation féminine
Face à ces constats, la RPDH conduit, sous l’impulsion de son coordonnateur Christian Mounzéo, le projet RERIP, financé par CCFD-Terre Solidaire. Objectif : renforcer la redevabilité et l’inclusion dans le Kouilou en amenant les femmes à siéger dans les cadres de concertation avec les exploitants forestiers.
Des ateliers mobiles, organisés sous des manguiers ou dans les salles de classe vides l’après-midi, décryptent les clauses sociales des cahiers de charges. Les participantes apprennent à lire une carte de concession, à formuler une requête écrite et à négocier collectivement un micro-projet de reboisement ou d’énergie propre.
« Lorsque les femmes parlent de la rivière, elles parlent aussi de la santé de leurs enfants », observe Arlette Massamba, animatrice communautaire. Elle remarque un changement de posture des chefs de village, plus enclins à réserver un siège aux représentantes après avoir vu les avantages d’une gestion forestière qui réinvestit localement.
Des solutions locales inspirantes
Dans la Sangha, un collectif de veuves a lancé une petite station de séchage solaire du cacao. Le dispositif réduit la dépendance au bois de chauffe et génère des revenus que les membres réinvestissent dans un fonds rotatif, preuve qu’innovation énergétique et autonomisation féminine peuvent s’alimenter mutuellement.
À Dolisie, des jeunes diplômées en numérique animent des cours d’hygiène numérique auprès des collégiennes : chiffrer un compte WhatsApp, activer le contrôle parental, signaler un contenu. Le centre local de promotion de la femme met à disposition la connexion internet, tandis que la mairie appuie la logistique.
Une application mobile pilote, NdakoSafe, signale déjà plus de 120 incidents numériques anonymisés, offrant pour la première fois une cartographie des risques de cyberharcèlement dans quatre départements.
Ces initiatives modestes s’additionnent à l’échelle nationale. Selon la RPDH, d’avril 2022 à mars 2023, plus de 430 femmes ont suivi une formation sur les droits fonciers ou la cybersécurité, et une quarantaine siègent désormais dans des organes locaux de gouvernance, un indicateur encourageant pour la trajectoire d’inclusion.
Vers une synergie Etat–société civile
Les ministères de la Promotion de la femme et de l’Économie forestière ont, de leur côté, entamé une revue conjointe des textes d’application du Code forestier, afin d’y intégrer un quota genré dans les futurs comités de suivi. Des consultations publiques sont annoncées pour le second semestre.
Parallèlement, l’Agence de régulation des postes et communications électroniques travaille avec la plateforme des opérateurs pour un protocole de retrait rapide des contenus violents visant les femmes, tout en préservant la liberté d’expression. Le chantier inclut un numéro vert et un tableau de bord de suivi trimestriel.
Pour Christian Mounzéo, « le dialogue entre pouvoirs publics, entreprises et communautés n’est plus un slogan. Plus les femmes prendront la parole, plus le climat social et l’environnement s’en porteront mieux ». Un message qui résonne alors que le pays s’engage vers une économie forestière durable et inclusive.
