Vers la lumière dans les campagnes
Dans une salle animée de la représentation du PNUD à Brazzaville, le 19 novembre 2025, responsables publics, bailleurs internationaux et investisseurs chinois ont posé les jalons d’une révolution énergétique silencieuse : la phase pilote 2026-2030 du Programme d’électrification des zones rurales, plus connu sous l’acronyme PEZOR.
Soutenu par le ministère de l’Énergie et de l’Hydraulique, le projet entend faire passer l’accès à l’électricité rurale de 1 % à près de 30 % en quatre ans, en raccordant plus de 200 localités au réseau national et en développant une constellation de mini-réseaux renouvelables indépendants.
Des partenariats sino-congolais dynamiques
Frédéric Manienz, directeur de cabinet du ministre, résume l’enjeu : « Le lien entre financement et mise en œuvre est désormais une urgence nationale ». Son appel à un consensus opérationnel trouve écho tant chez les partenaires chinois que chez les opérateurs congolais réunis autour de la table.
Au cœur des discussions, la Fondation Nova International propose un guichet d’investissement dédié, tandis que l’Union nationale des opérateurs économiques du Congo plaide pour un montage permettant aux entreprises locales de co-investir, garantissant ainsi ancrage territorial et retombées immédiates sur l’emploi.
Le PNUD, par la voix d’Adama Dian Barry, annonce un appui technique pour structurer les dossiers bancables, cartographier la demande par télédétection et déployer des solutions numériques de suivi, afin que chaque dollar mobilisé se traduise en kilowattheure fiable au village.
« Nous voulons créer ici des passerelles solides entre investisseurs chinois et projets énergétiques congolais », insiste Christina Huying, de Nova International, qui rappelle que son réseau actif dans 150 pays a déjà financé 3 000 mini-centrales solaires en Afrique, Asie et Amérique latine.
Un programme chiffré et ambitieux
Derrière les chiffres, des visages : à Kenga, dans la Cuvette, Pauline Nkouka peine à conserver le manioc transformé faute de froid. « Avec la lumière, nous pourrons stocker, vendre plus loin et envoyer les enfants étudier le soir », confie-t-elle, les yeux brillants d’espoir.
Le PEZOR, évalué à 579,6 millions de dollars, prévoit 257 mini-centrales solaires, 19 micro-centrales hydroélectriques et 243 km de lignes basse tension susceptibles d’être posées sur poteaux en bois local, afin de réduire les coûts logistiques tout en créant des emplois forestiers durables.
Le plan inclut aussi la rénovation de barrages comme Moukoukoulou et Djoué, où des turbines de nouvelle génération fabriquées à Wuhan seront couplées à des batteries lithium-fer-phosphate, garantissant une continuité de service pendant la saison sèche, même dans les hameaux éloignés des axes routiers.
Des bénéfices concrets pour les villages
Pour Daniel Ovaga, président de l’UNOC, l’électricité est « bien plus qu’une commodité, c’est le socle d’une économie rurale compétitive ». Il anticipe l’essor de petites unités de transformation, l’irrigation modernisée et l’arrivée d’opérateurs télécoms désireux d’installer des antennes énergétiquement autonomes.
Dans la salle, les experts financiers soulignent toutefois la nécessité d’un modèle tarifaire progressif, pour éviter de grever le budget des ménages les plus modestes. Un fonds de péréquation, alimenté par les grands utilisateurs industriels, est envisagé pour adoucir la facture des agriculteurs.
La Banque sino-africaine de développement durable propose un mécanisme de crédit carbone adossé aux réductions d’émissions obtenues grâce aux mini-réseaux solaires, permettant de générer des revenus complémentaires destinés à l’entretien des installations et à la formation continue des techniciens villageois.
Former et financer, les deux clés
Sur le terrain, l’Institut national de recherche en ingénierie énergétique teste déjà, à Loudima, un prototype de contrôleur intelligent conçu par de jeunes diplômés congolais. L’appareil optimise l’usage de chaque kilowatt, priorisant l’éclairage public, puis les besoins domestiques, avant d’alimenter les ateliers artisanaux.
Le ministère projette d’associer les radios communautaires à une campagne de sensibilisation sur la sécurité électrique, pendant laquelle les numéros utiles du centre d’appui PEZOR, joignable au 05 536 40 10, seront diffusés quotidiennement, ainsi que les procédures pour raccorder en toute légalité un foyer ou un atelier.
Si les équipes techniques saluent la qualité du partenariat sino-congolais, elles rappellent que la durabilité passera par une gouvernance locale robuste : comités de gestion élus, transparence des comptes et audit annuel impliquant les associations de femmes et de jeunes, principaux utilisateurs des services énergétiques naissants.
Cap sur 2030, un horizon réaliste
Pour l’économiste Cédric Opimbat, la dynamique actuelle « illustre la capacité du Congo à attirer des financements climato-compatibles en s’alignant sur les Objectifs de développement durable ». Il y voit le prélude à des investissements analogues dans l’eau potable et la connectivité numérique des territoires.
À l’issue de la rencontre, un protocole d’accord a été signé : 120 millions de dollars de Nova International et du PNUD seront décaissés dès mars 2026, tandis que la partie congolaise sécurise les sites et mobilise les communautés. Pour Pauline et les siens, le compte à rebours lumineux commence.
