Cap sur un Congo plus sûr
Vendredi 12 décembre 2025, Brazzaville a accueilli la remise officielle de la stratégie nationale de relèvement post-catastrophes. Préparé avec le Programme des Nations Unies pour le développement, le document place la prévention et la reconstruction durable au cœur de la réponse congolaise aux risques climatiques.
Sous l’impulsion de la ministre Irène Marie Cécile Mboukou Kimbatsa, cadres gouvernementaux, élus, ONG, bailleurs et représentants communautaires ont salué un texte qui, pour la première fois, définit clairement les rôles de chacun avant, pendant et après une catastrophe.
« Nous passons de la réaction à l’anticipation », a résumé la ministre, rappelant les inondations de 2019 dans la Likouala, qui avaient déplacé plus de 180 000 personnes. L’expérience douloureuse sert désormais de leçon, d’où l’urgence d’un cadre national robuste.
Une feuille de route pour la résilience nationale
Axée sur le principe international Build Back Better, la stratégie articule quatre priorités : protéger les vies, relancer les moyens de subsistance, réparer les services essentiels et renforcer les institutions. Chaque axe est assorti d’indicateurs précis, facilitant le suivi par les collectivités et leurs partenaires.
Selon la représentante du PNUD, Adama-Dian Barry, le texte synthétise « vingt-quatre mois de débats intenses ». Ateliers et consultations ont réuni experts nationaux, Banque mondiale, Union européenne, universitaires et chefs traditionnels, croisant science, savoirs locaux et contraintes budgétaires.
La vision se veut inclusive : femmes, jeunes, personnes vivant avec un handicap disposent désormais de mécanismes d’expression au sein des comités locaux de gestion des risques. Cette approche communautaire répond aux recommandations émises par plusieurs ONG après les crues de la Ngoko en 2022.
La méthode: dialogue, données et anticipation
La stratégie s’appuie sur la cartographie satellitaire haute résolution fournie par l’Agence congolaise d’études spatiales. Les cartes d’aléas superposent densités de population, réseaux routiers et points critiques – écoles, marchés, centres de santé – pour guider les investissements de prévention dans chaque district.
Un fonds national de relèvement, doté initialement de 10 milliards de francs CFA, sera activé par un déclencheur paramétrique lié au niveau du fleuve. Le ministère des Finances prépare une assurance souveraine via le Marché africain de risques.
Les ingénieurs du génie rural préparent aussi des prototypes d’abris modulaires en bois local certifié FSC. « Nous voulons des structures montables en trois heures, résistantes aux vents de 150 km/h », explique l’ingénieur Raphaël Mabiala, qui teste le modèle à Kintélé.
Voix des territoires: le quotidien après les crues
Au village de Bouemba, département des Plateaux, Lucie Okongo se souvient du jour où la crue engloutit son champ de manioc. « Nous avons marché trois heures jusqu’au dispensaire », raconte-t-elle, espérant que la nouvelle stratégie réhabilite vite les pistes.
À Mossaka, sur le fleuve Congo, les pêcheurs ont vu leurs pirogues emportées. Le document prévoit des micro-crédits à taux préférentiel pour relancer les activités halieutiques et diversifier les revenus vers l’aquaculture, limitant ainsi la pression sur des stocks déjà vulnérables.
La société civile, représentée par la Plateforme congolaise de réduction des risques, salue une avancée. Son coordinateur, Jonas Nkouka, voit dans l’intégration des radios communautaires d’alerte précoce « un pas décisif pour sauver des vies avant que l’eau n’atteigne les maisons ».
Financements et partenariats au cœur de la mise en œuvre
Plusieurs bailleurs ont déjà manifesté leur appui. La Banque africaine de développement envisage une ligne de crédit verte pour moderniser les digues de Brazzaville et de Pointe-Noire. L’UNICEF prépare, de son côté, un programme école-résiliente visant 200 établissements d’ici 2028.
Le secteur privé national est aussi mobilisé. La Compagnie d’électricité du Congo prévoit de renforcer les poteaux dans les zones inondables pour réduire les coupures. Les assureurs étudient des produits indexés sur la pluie, destinés aux petits producteurs de cacao.
Pour assurer la transparence, un tableau de bord public donnera l’état d’avancement des chantiers en temps réel. Hébergé par l’Agence nationale de l’information, il regroupera budgets, délais, cartes interactives et contacts utiles pour les populations touchées.
Prochaines étapes: de la stratégie à l’action
La stratégie sera transmise au Premier ministre pour validation finale, puis déclinée en plans départementaux. Chaque préfet disposera d’un manuel d’intervention et d’un budget dédié, conditionné à la tenue d’exercices de simulation annuels avec les services de sécurité et la Croix-Rouge.
En dotant le pays d’un cadre clair, le gouvernement confirme sa volonté de protéger citoyens et économies locales. Si la nature reste imprévisible, l’organisation humaine, elle, peut s’améliorer : telle est la promesse d’un Congo qui choisit de transformer chaque choc en tremplin de progrès.
