Belém, théâtre d’un nouvel élan climatique
Du 10 au 22 novembre 2025, Belém, poumon amazonien du Brésil, a accueilli la trentième Conférence des parties sur le climat. Sous les arbres géants du Pará, la délégation congolaise, conduite par le président Denis Sassou N’Guesso, a affirmé une présence remarquée.
Au-delà des discours, la COP30 a laissé un goût partagé. Les États n’ont pas scellé de calendrier contraignant pour sortir des énergies fossiles, préférant réaffirmer des engagements volontaires et la notion de transition juste, reportant les arbitrages techniques à la prochaine session.
L’empreinte diplomatique du Congo
Dans ce contexte, la voix du Congo a porté. Le chef de l’État a déclaré : « Préserver les forêts du bassin du Congo, deuxième poumon mondial, c’est œuvrer pour l’humanité ». Le message a trouvé écho auprès d’interlocuteurs africains et latino-américains.
S’appuyant sur le Programme national d’afforestation, le Fonds bleu pour le bassin du Congo et une législation protectrice des peuples autochtones, Denis Sassou N’Guesso a présenté des résultats mesurables, invitant les bailleurs à consolider ces initiatives plutôt que de les dupliquer.
Financements et justice climatique
Les négociateurs ont néanmoins reconnu l’urgence financière. Le texte final vise à mobiliser 1 300 milliards de dollars chaque année d’ici 2035 pour l’action climatique et acte le démarrage opérationnel du Fonds pertes et dommages, longtemps attendu par les pays vulnérables.
Autre avancée saluée à Belém : l’esquisse d’un Fonds de 5,5 milliards de dollars destiné aux forêts tropicales, dont 20 % iront directement aux communautés autochtones. Le Congo a soutenu cette architecture, cohérente avec son approche de gestion participative.
Au-delà des chiffres, Brazzaville défend une philosophie de compensation équitable. « Nos peuples préservent des écosystèmes essentiels sans contrepartie adéquate », a martelé le président, rappelant que l’impact carbone congolais demeure marginal comparé aux émissions historiques des nations industrialisées.
La Décennie mondiale du reboisement prend forme
La proclamation par l’ONU de la Décennie mondiale de l’afforestation et du boisement 2027-2036, à l’initiative du Congo, illustre cette reconnaissance. Belém a offert la première grande tribune internationale pour inscrire ce chantier dans les calendriers d’investissement publics et privés.
Le ministère congolais de l’Économie forestière prépare déjà, avec la FAO, une cartographie des sols dégradés. L’objectif est de planter des espèces adaptées, capables de fournir à la fois ombrage, fourrage et revenus, afin d’allier carbone et sécurité alimentaire.
Michel Innocent Peya, ambassadeur scientifique
Dans les couloirs du centre de conférence, l’écrivain-chercheur Michel Innocent Peya a suscité un engouement rare. Son ouvrage récent, « Bilan vert », retraçant trois décennies de négociations climatiques, s’est écoulé en quelques heures auprès de délégués et scientifiques.
Invité comme expert sur plusieurs panels, il a détaillé les leçons tirées des vingt-neuf COP précédentes. « Critiquer sans proposer est vain ; la science doit éclairer l’action », a-t-il résumé, saluant la cohérence entre la recherche et les projets congolais.
Ses séances de dédicace ont rapidement viré au cours magistral improvisé. Ministres, journalistes et étudiants d’Afrique centrale l’interpellaient sur la trajectoire carbone neutre du pays et la manière de dupliquer la cartographie forestière congolaise pour d’autres territoires tropicaux.
Un « État solution » sous les projecteurs
Pour de nombreux participants, la présence conjuguée du chef de l’État et de l’intellectuel a renforcé l’image d’un « État solution ». Le Brésil a salué cet apport, convaincu qu’un front commun des trois grands bassins forestiers accélérerait l’atteinte des NDC.
Les organisations autochtones ont néanmoins insisté sur la nécessité d’un suivi transparent des financements. Brazzaville s’est dit prêt à partager ses mécanismes de traçabilité, déjà mis à l’épreuve pour la certification du bois à destination des marchés européens.
Des investissements verts aux innovations locales
Plusieurs ONG congolaises présentes ont rappelé que 60 % de la population vit encore de l’agriculture familiale. Elles voient dans la Décennie du boisement une opportunité d’intégrer l’agroforesterie et la collecte de semences locales aux plans nationaux.
Côté investisseurs, les banques de développement africaines ont exprimé leur intérêt pour des obligations vertes indexées sur les surfaces régénérées. Une mission exploratoire se rendra à Brazzaville avant la fin 2026 pour étudier les premières émissions potentielles.
Des start-up congolaises, appuyées par des universités, développent en parallèle des capteurs low-cost pour suivre en temps réel la croissance des jeunes plants. Cette technologie pourrait réduire le coût de la vérification carbone et attirer de nouveaux acheteurs d’unités forestières.
Coopération et feuille de route vers la COP31
À l’issue de la COP, le ministre Aimé Ange Wilfrid Bininga a confié sourire aux lèvres : « Voir Michel Peya autant sollicité rappelle que notre expertise compte ». Une phrase résumant la fierté partagée des délégations.
Belém a peut-être manqué l’accord historique sur les fossiles, mais l’événement a consolidé un réseau Sud-Sud décidé à avancer. Le Congo, fort de ses politiques et de ses voix d’expertise, s’impose comme pivot dans cette dynamique constructive.
Les regards se tournent désormais vers la COP31. Les priorités affichées par Brazzaville sont claires : finaliser les mécanismes de financement, ancrer la valeur carbone des forêts tropicales dans les marchés et renforcer les droits des communautés qui les protègent.
