Le Congo face au défi de l’eau potable
Sur les berges du fleuve Congo, Arlette, vendeuse de légumes à Djiri, puise encore chaque matin l’eau d’un puits improvisé. Comme elle, près de 44 % des Congolais n’ont pas un accès régulier à une source améliorée, selon l’UNICEF, malgré l’abondance apparente du réseau hydrographique.
Pour réduire cette vulnérabilité, Brazzaville accélère l’adhésion à la convention de 1992 sur l’utilisation durable des cours d’eau transfrontaliers et des lacs internationaux. Un atelier national réunit administrations, ONG, chercheurs et partenaires techniques afin de baliser la feuille de route d’ici six mois.
Une convention onusienne aux multiples bénéfices
Adopté à Helsinki il y a plus de trente ans, le texte offre un cadre juridiquement contraignant pour prévenir les conflits, partager les données hydrologiques et mobiliser des financements. Aujourd’hui, 48 États en sont parties. Le Congo deviendrait le neuvième pays africain à le ratifier.
Selon Sonja Koeppel, secrétaire de la Convention, l’adhésion « rehaussera le profil du pays tout en facilitant l’accès aux guichets climat ». Le Fonds vert pour le climat et la Banque mondiale conditionnent désormais certains prêts à l’existence de cadres transfrontaliers robustes, notamment pour les projets d’approvisionnement urbain.
Voix des territoires riverains
À Loukolela, le chef coutumier Thomas Ikama espère « une gestion plus concertée avec nos voisins de la RDC, surtout pour la pêche artisanale ». Dans le Pool, des associations de femmes souhaitent que l’accord encourage la réhabilitation des bornes-fontaines et la formation des comités locaux d’eau.
Le ministère annonce qu’une plateforme numérique cartographiera d’ici fin 2024 les points d’eau communautaires, intégrant les alertes par SMS en cas de turbidité élevée. La société civile, représentée par le Réseau WASH, s’engage à relayer ces alertes pour minimiser les maladies hydriques.
Gouvernance renforcée et Conseil national consultatif
L’atelier, ouvert par Frédéric Manienze, officialise aussi le Conseil national consultatif de l’eau. Il réunit neuf administrations, deux universités et quatre représentants des utilisateurs. Ses attributions incluent la veille scientifique, la consolidation des rapports ONU-Eau et l’orientation des investissements publics, en synergie avec les collectivités.
Une ligne téléphonique gratuite – 1188 – sera lancée dès janvier pour signaler les fuites de conduites ou les captages illicites. Les données anonymisées alimenteront le tableau de bord national accessible depuis l’Observatoire congolais du développement durable situé au ministère de l’Économie, du plan.
Partenariats techniques et financement climatique
L’Union européenne, via le programme Euroclima+, envisage une subvention initiale de 5 millions d’euros pour moderniser trois stations hydrométriques. La BAD discutera, en parallèle, d’une ligne de crédit de 30 millions destinée à l’extension du réseau d’adduction à Owando et Pointe-Noire.
De son côté, l’Agence française de développement étudie un mécanisme de paiements pour services écosystémiques liant protection des forêts-galeries et qualité des nappes. Les communautés partenaires recevraient une incitation moyenne de 25 000 FCFA par hectare restauré, versée sur des comptes mobiles pour éviter les frais bancaires.
Adaptation climatique et sécurité hydrique
Le Congo connaît déjà des saisons des pluies plus courtes et une salinisation accrue de la nappe côtière. Les projections de la plateforme Congo-Climate montrent une baisse possible de 20 % des débits d’ici 2050, rendant indispensable une coordination avec les pays riverains pour garantir l’irrigation.
Pour répondre à ces risques, la Direction générale de la météorologie installera dix nouveaux radars pluviométriques solaires. Un numéro vert – 1455 – diffusera, en langues locales, des alertes inondations. Les agriculteurs pourront ainsi adapter le calendrier des semis et éviter les pertes de semences.
Modalités de ratification et calendrier
Le ministère de l’Énergie et de l’hydraulique déposera le projet de loi d’adhésion à l’Assemblée nationale courant février. Une fois adopté, l’instrument juridique sera transmis au Secrétaire général de l’ONU. Brazzaville deviendra officiellement partie prenante six mois après la remise des documents signés.
Pour maintenir l’élan, un rapport de suivi semestriel sera publié sur le portail gouvernemental. Il détaillera l’avancement des réformes, les investissements réalisés et les impacts sur l’accès à l’eau. Les citoyens auront la possibilité d’envoyer des observations par SMS ou via l’application Telegram WaterCongo.
Vers une diplomatie de l’eau positive
À l’échelle régionale, l’adhésion congolaise consolidera l’Initiative pour le bassin du Congo, lancée à Marrakech. Le Congo-Brazzaville pourra partager ses bonnes pratiques avec le Cameroun et le Gabon, et défendre, d’une voix plus forte, la valorisation des tourbières comme puits de carbone transfrontalier.
Frédéric Manienze résume la vision : « La coopération hydraulique devient un levier de paix, de santé et de croissance verte ». Pour tout renseignement, la Direction nationale de l’eau est joignable au 05 544 22 16, du lundi au vendredi, afin d’accompagner les porteurs de projets.
Impacts attendus pour les jeunes et l’emploi
Le projet créera environ 1 200 emplois temporaires pour la pose de canalisations et 300 postes permanents en maintenance. L’Institut national du génie de l’eau prévoit un cursus accéléré pour former des techniciens hydrométriques. Les inscriptions ouvriront en mars, priorité donnée aux diplômés des départements frontaliers.
Par ailleurs, l’entrepreneuriat local sera stimulé grâce à un fonds d’amorçage destiné aux start-up spécialisées dans la potabilisation solaire. Celles-ci pourront obtenir jusqu’à 10 millions FCFA à taux zéro pour prototyper des unités mobiles, solution encouragée dans les districts reculés où l’électricité reste intermittente.
