Brazzaville mise sur la CDN 3.0
Dans la salle lumineuse du ministère de l’Environnement, Arlette Soudan-Nonault a ouvert l’atelier national de validation de la troisième contribution déterminée au niveau national. Pour la ministre, la CDN 3.0 représente « notre boussole climatique et économique », capable de guider les politiques publiques de 2025 à 2035.
Un coût de 8,92 milliards de dollars
Premier chiffre clé : 8,92 milliards de dollars d’investissements à engager pour atteindre, en dix ans, une capacité d’absorption carbone majorée de 47,8 % par rapport au scénario de référence. Le Congo prévoit déjà de mobiliser 1,7 milliard en ressources internes nationales et espère l’apport extérieur pour le reste.
Où trouver 80 % des fonds ?
Arlette Soudan-Nonault rappelle que l’Accord de Paris prévoit des mécanismes financiers destinés aux pays à haute valeur écologique. « Plus de 80 % de notre budget doit venir de ces guichets internationaux en reconnaissance du service rendu au climat », insiste-t-elle, appelant bailleurs et banques à concrétiser leurs promesses.
Pertes et dommages : un guichet à activer
La conférence climat de Charm el-Cheikh a ouvert un fonds dédié aux pertes et dommages. La ministre encourage les communautés impactées par les inondations du Kouilou ou la salinisation des sols côtiers à déposer des projets. « Nous pouvons et devons y prétendre sans tarder », souligne-t-elle.
Les priorités d’adaptation
Santé, agriculture, ressources en eau et infrastructures tiennent la tête de liste des besoins. Le document précise les hôpitaux à climatiser, les digues à rehausser, les systèmes d’irrigation à moderniser. Chaque mesure est chiffrée et territorialisée, afin de protéger les zones rurales et les quartiers urbains les plus exposés.
Effets attendus sur l’économie locale
Selon le ministère des Finances, la mise en œuvre de la CDN devrait créer 45 000 emplois verts, des techniciens de télédétection aux ouvriers sylvicoles. Les recettes issues des marchés carbone pourraient atteindre 120 millions de dollars par an, injectés dans les budgets sociaux et les petites entreprises forestières.
Voix des partenaires
En visioconférence depuis Rabat, Mohamed Boussaid, de NEMAC, insiste : « La CDN 3.0 ne vaut que si elle sert de matrice à l’action publique ». À Brazzaville, Fatoumata Barry Marega, pour le système onusien, confirme un accompagnement technique sur la mobilisation des financements et le suivi-évaluation des projets.
Ce que disent les jeunes et les ONG
Dans la cour de l’université Marien-Ngouabi, des étudiants en géographie estiment que la CDN peut devenir « un manuel concret d’emplois durables ». L’ONG Cercle vert propose d’associer les écoles rurales à la plantation d’arbres, manière d’appropriation citoyenne et de suivi participatif des engagements fixés par l’État.
Suivi, transparence et télédétection
Le gouvernement projette d’élargir le réseau de stations météorologiques et de coupler les données satellitaires avec des inventaires au sol. Un portail public regroupera cartes, budgets et indicateurs d’impact. Cette transparence vise à rassurer bailleurs, investisseurs et citoyens sur la bonne utilisation des fonds climatiques reçus.
Quelles opportunités pour les investisseurs
Les banques de développement étudient déjà des prêts concessionnels pour l’agroforesterie et les énergies renouvelables. La bourse régionale pourrait lancer, d’ici 2026, des obligations vertes adossées à la CDN. Pour les sociétés privées, chaque dollar investi ouvre un accès prioritaire aux crédits carbone certifiés par le marché volontaire.
Des communautés déjà mobilisées
À Ngombé, plusieurs coopératives forestières cartographient leurs parcelles avec GPS. Elles prévoient de reboiser 1 200 hectares de jachères, financées par un fonds local alimenté par la taxe communale sur le bois. « Nous voulons prouver que la CDN n’est pas qu’affaire de grands sommets », témoigne un chef coutumier.
Agenda 2025-2035 : feuille de route
Le calendrier opérationnel s’ouvre par une phase pilote de deux ans pour sélectionner les premiers projets, former les administrations et tester le fonds pertes et dommages. Viendra ensuite une phase d’extension territoriale, avant une évaluation mi-parcours en 2030 afin d’ajuster les objectifs à la réalité des terrains.
Renforcer la gouvernance climat
Pour fluidifier les procédures, un guichet unique climat réunira Finances, Plan, Énergie et Forêts. Chaque ministère conservera sa compétence, mais les dossiers ne transiteront plus par quatre guichets successifs. Cette simplification, réclamée par le secteur privé, pourrait réduire de moitié le délai d’approbation des projets inscrits à la CDN.
Appel à la solidarité internationale
Le secrétaire permanent du Fonds bleu pour le Bassin du Congo rappelle que la région stocke trois années d’émissions mondiales de gaz carbonique. « Financer la CDN, c’est acheter une police d’assurance planétaire », résume-t-il. Brazzaville multiplie ainsi courriers et réunions bilatérales pour convertir ce capital écologique en ressources.
Encadré pratique : ressources utiles
Les porteurs de projets peuvent contacter la Direction climat au 06 666 18 18 ou adresser un courriel à cdn@gouv.cg. Les demandes de financement pertes et dommages se déposent sur la plateforme onusienne d’ici au 31 mars. Un guide pas-à-pas est disponible dans toutes les préfectures.
Un signal fort à Paris et au reste du monde
En adoptant cette CDN 3.0 ambitieuse, le Congo réaffirme sa place de pays-solution au cœur du Bassin du Congo. Le succès repose désormais sur la rapidité du décaissement international effectif. « Notre forêt rend service à la planète, à la planète d’en reconnaître la valeur », conclut la ministre.
