Un cadre inédit pour la résilience
Le Congo vient d’ajouter une pièce maîtresse à son arsenal de gestion des risques : une stratégie nationale de relèvement post-catastrophe couvrant 2025-2030. Remise à Brazzaville par la représentante résidente du Pnud, Adama-Dian Barry, elle trace une route vers une reconstruction plus sûre et sobre en carbone.
Au premier regard, le document ressemble à un manuel technique. Pourtant, ses 120 pages traduisent un dialogue entre ministères, société civile, partenaires techniques et gouvernements locaux, orchestré pendant dix-huit mois d’ateliers décentralisés. Les experts y ont intégré projections climatiques, cartographie des dommages et retours d’expérience communautaires.
« Nous voulons transformer chaque choc en tremplin vers un développement durable », a résumé Adama-Dian Barry lors de la remise officielle. Le slogan Build back better, déjà popularisé après des crises majeures dans le monde, prend ici une dimension congolaise, ancrée dans les réalités du bassin du Congo.
Du concept Build back better aux réalités locales
Sur le terrain, le principe se traduira par des écoles surélevées hors zone inondable, des axes routiers dotés de caniveaux dimensionnés pour des pluies de plus en plus intenses, ou encore des micro-réseaux solaires capables d’alimenter les centres de santé même en période de rupture de réseau.
Le document intègre également une composante d’assurance agricole indexée sur les précipitations. Selon la Direction générale de la météorologie, trois saisons sèches intenses ont fait perdre jusqu’à 40 % de rendement manioc dans le Kouilou. Le nouveau mécanisme doit compenser rapidement les producteurs et éviter l’endettement.
Pour Henri Ndinga-Okou, ingénieur hydraulique à Pointe-Noire, « le changement n’est pas seulement technique ; il implique d’écouter les mémoires locales des crues pour implanter les digues au bon endroit ». Chaque projet aura donc son comité villageois chargé de valider les options et de suivre le chantier.
Gouvernance et mobilisation des ressources
L’un des chapitres les plus scrutés reste celui du financement. La ministre des Affaires sociales, Irène Marie Cécile Mboukou-Kimbatsa, compte organiser une table ronde dès 2024 pour réunir État, bailleurs et secteur privé. Elle a invité le Pnud à parrainer l’exercice, gage de crédibilité et de transparence.
D’après le ministère du Plan, les besoins globaux atteignent environ 380 milliards de francs CFA sur cinq ans. Le schéma envisage un mix contributif articulant budget national, fonds climat internationaux et obligations vertes libellées en monnaie locale afin de réduire le risque de change pour les investisseurs domestiques.
Un comité interministériel suivra l’exécution. L’outil SIG « Relèvement Tracking », développé avec l’École nationale d’administration, affichera sur un portail public l’avancement physique et financier de chaque ouvrage. « Nous voulons une reddition de comptes en temps réel », précise Jean-Claude Ibovia, coordonnateur national du projet de modernisation administrative.
Les communautés au cœur de la feuille de route
Dans le district de Ngabé, théâtre d’inondations récurrentes, les femmes maraîchères ont déjà identifié trois hectares surélevés pour transférer leurs cultures. « Savoir où aller avant la crue fait gagner un mois de revenu », témoigne Mado Ntsiba, présidente du groupement Moringa Vert, partenaire du projet pilote.
À Makoua, un réseau jeunesse encadre les relevés pluviométriques communautaires. Les données, transmises par SMS à la station météorologique centrale, nourrissent l’algorithme d’alerte précoce. Le dispositif, soutenu par l’Agence française de développement, constitue selon son coordinateur « une école pratique de climatologie citoyenne ».
Pour éviter l’exode, la stratégie consacre un volet santé mentale. Les agents du Croissant-Rouge formeront 500 animateurs locaux à la gestion du stress post-traumatique. « Reconstruire les maisons est une étape, reconstruire la confiance en est une autre », rappelle le sociologue Fidèle Bouanga, auteur d’une étude sur la résilience psychologique.
Priorités 2025-2030 déjà en chantier
Le calendrier prévoit de démarrer, dès janvier 2025, la réhabilitation de 250 kilomètres de diguettes fluviales entre Mossaka et Loukolela. Des modèles hydrodynamiques 3D, calibrés avec le soutien de l’Université Marien-Ngouabi, limitent les déblais et optimisent la protection des berges colonisées par des pêcheurs artisans.
Côté habitat, l’Institut de recherche en ingénierie durable teste des briques stabilisées à base de latérite et de fibres de coco. La brique affiche 35 % d’émission carbone en moins qu’un bloc ciment classique et résiste mieux aux variations hygrométriques, selon les premiers essais certifiés par le Bureau Veritas.
L’accent est aussi mis sur le numérique. Un partenariat public-privé déploiera d’ici 2027 deux constellations de capteurs IoT le long du fleuve Congo pour mesurer niveau d’eau, turbidité et vitesse du courant. Les données ouvertes renforceront la recherche universitaire et stimuleront des applications commerciales en logistique fluviale.
En filigrane, l’ambition reste d’aligner la reconstruction sur les objectifs climatiques que le pays défend déjà dans ses contributions déterminées au niveau national. La stratégie post-catastrophe, désormais prête à être endossée par le gouvernement, promet d’ancrer la croissance verte au cœur de la vie quotidienne des Congolais.
