Des ateliers pour répondre à l’urgence climatique
Le 27 décembre à Brazzaville, une cinquantaine d’étudiants, activistes et journalistes ont consacré leur journée à décoder les arcanes des négociations climatiques et de la finance verte, dans la seconde édition des ateliers pilotés par la Coalition des associations de jeunes congolais pour l’environnement.
Objectif affiché : doter la jeunesse congolaise de compétences solides afin qu’elle défende, avec professionnalisme, les intérêts du pays tout en saisissant les débouchés économiques qu’offre l’action climatique internationale.
Une formation qui révèle des métiers verts
Espanich Motondo, président du Mouvement des jeunes écologistes congolais, insiste sur la dimension opportunité : « Le climat n’est pas qu’une crise, c’est un nouveau marché d’emplois ». L’écrivain-négociateur formé par l’Union européenne veut voir émerger des spécialistes congolais de la finance carbone.
Durant la journée, les formateurs ont détaillé l’architecture de l’Accord de Paris, les règles de la COP28 et le fonctionnement des marchés volontaires du carbone. Les participants ont simulé une négociation et chiffré la valeur économique du stock forestier national.
Finance climatique: mode d’emploi pour la jeunesse
Les sessions sur la finance verte ont présenté les outils du Fonds vert pour le climat, le rôle accru des banques sous l’Initiative pour la finance durable en Afrique centrale et les exigences ESG recherchées par les investisseurs internationaux.
Selon la formatrice Kameline Onkou, l’accès aux guichets de financement passe d’abord par des dossiers solides : « Nous avons montré comment convertir un inventaire forestier ou un projet solaire en business plan crédible, apte à séduire les bailleurs », explique-t-elle.
Témoignages d’une génération engagée
Pour Roxanne Vanessa Ndedi, étudiante en économie de l’environnement, l’atelier change la perspective : « Je découvre des carrières dans la gestion de projets carbone et le conseil ESG ; c’est concret ». Elle souligne la place stratégique des forêts congolaises dans ces mécanismes.
Boris Richinel Mboussa, romancier et membre du MJEC, voit déjà plus loin : défendre l’écologie tout en bâtissant un avenir économique. « Notre génération doit prouver qu’il est possible de protéger la planète et de gagner sa vie dignement au pays », affirme-t-il.
Hystorick Motondo, qui avait observé les tractations à la COP30 de Belém, constate un fossé entre les couloirs de négociation et le terrain. « Ces formations comblent l’écart ; elles nous donnent des arguments techniques pour influencer les décisions nationales », juge-t-il.
Un soutien local qui crée la confiance
La réussite de cette deuxième édition repose sur le parrainage financier d’Aline France Etokabeka. Les participants saluent un « signal de confiance » de la part de figures influentes sensibles aux préoccupations de la jeunesse et aux orientations définies par les autorités nationales.
Espoir Stine Lamy Somboko, présidente de l’association Mwasi-Green, rappelle que le dialogue avec les pouvoirs publics est constant : les positions défendues par les jeunes s’alignent sur les priorités climatiques du Plan national de développement et les engagements internationaux de Brazzaville.
Vers une économie congolaise bas-carbone
En s’appropriant les instruments de la finance climatique, la jeunesse souhaite diversifier l’économie, encore largement tributaire des hydrocarbures. Les compétences acquises peuvent faciliter l’émergence de projets solaires ruraux, de plantations agroforestières certifiées ou de crédits carbone issus des écosystèmes côtiers.
Selon l’économiste Jean-Rodolphe Milandou, ces nouveaux profils alimenteront la feuille de route climatique gouvernementale : « Ils apporteront des études d’impact, des montages financiers et une présence dans les forums qui crédibilisent nos ambitions de neutralité carbone ». Son avis fait écho aux orientations régionales.
Des outils pratiques pour les communautés
Les organisateurs ont remis un manuel illustré des procédures d’accès aux guichets climatiques, avec un répertoire de contacts utiles : agences étatiques, incubateurs, bailleurs, plateformes de télédétection forestière. L’ouvrage sera partagé dans les universités et radios communautaires des douze départements.
Durand Ranova Ongoua, venu du Kouilou, y voit un accélérateur : « Chez nous, des coopératives agricoles manquent juste de méthodes pour structurer un dossier. Ce guide arrive à point nommé ». Il prévoit déjà une tournée de sensibilisation avec les chefs de district.
Prochaines étapes et impact attendu
La Coalition annonce une troisième édition axée sur la mesure des émissions urbaines et la certification des crédits carbone REDD+. D’ici là, un groupe de suivi accompagnera les stagiaires dans leurs démarches professionnelles et consolidera un réseau d’échanges avec les diasporas.
Plusieurs participants projettent des stages au Fonds bleu pour le bassin du Congo, chez des sociétés forestières certifiées FSC ou dans des startups solaires de Pointe-Noire. Autant de trajectoires capables de transformer l’enthousiasme en emplois durables.
En misant sur des jeunes formés, le Congo-Brazzaville consolide sa croissance verte. Plus de projets bancables, un poids accru dans les négociations mondiales et une génération fière de servir le pays sont attendus.
Lien avec les objectifs nationaux et internationaux
Ces efforts s’inscrivent dans la Contribution déterminée au niveau national révisée en 2022, qui vise une réduction de 30 % des émissions à l’horizon 2030. En s’appuyant sur une jeunesse qualifiée, Brazzaville entend accélérer l’accès aux financements prévus par l’Initiative mondiale Congo Basin Climate Fund.
La prochaine COP, prévue aux Émirats arabes unis, sera l’occasion de mesurer les premiers résultats ; plusieurs stagiaires ambitionnent déjà de rejoindre la délégation officielle pour défendre des projets porteurs d’emplois verts et de résilience communautaire.
