Un marché historique repensé pour l’avenir
Sous la canopée de feuilles vertes qui bordent l’avenue Matsoua, le marché Plateau-ville, adossé au fleuve, renaît après des mois de travaux. L’infrastructure flambant neuve a été inaugurée le 30 décembre par Pascal Ongoka, directeur de cabinet du ministère de l’Agriculture.
Situé à Bacongo, deuxième arrondissement, ce haut lieu du commerce populaire s’étend désormais sur 800 mètres carrés de sol réaménagé, avec un vaste hall central conçu pour fluidifier les déplacements et protéger vendeurs comme clients des grosses pluies de saison.
L’architecture privilégie la ventilation naturelle, des ouvertures hautes favorisant la lumière, tandis qu’un système de sécurité incendie, inédit sur un marché de quartier, rassure les riverains qui redoutaient les départs de feu fréquents dans les anciens baraquements de bois.
Agro-écologie au cœur des étals
Sur les 96 tables alignées, 33 sont spécifiquement réservées aux fruits, légumes et condiments issus de pratiques agro-écologiques, identifiables par de petites plaques vertes. L’objectif est d’encourager la consommation de produits sains et de réduire l’exposition aux pesticides importés.
Les récoltes proviennent principalement du site maraîcher de Kélé-Kélé, à Ngoma Tsé-Tsé, où 126 producteurs cultivent sept hectares sans engrais chimiques. « Nous voulons que chaque Brazzavillois goûte aux saveurs d’un sol protégé », explique un technicien agricole rencontré sous le nouveau toit en tôle translucide.
Un financement C2D pour une relance agricole inclusive
La modernisation est financée par le Contrat de désendettement et de développement, instrument franco-congolais qui convertit 5,25 milliards de francs CFA, soit environ huit millions d’euros, de dette en investissement structurant. Le marché constitue l’un des volets urbains du Projet d’appui à la relance du secteur agricole.
Les travaux ont porté sur la réhabilitation du bureau du gestionnaire, du bloc sanitaire, d’un bâtiment annexe destiné aux femmes transformatrices, ainsi que sur l’assainissement des eaux pluviales et l’aménagement des aires de circulation et de stationnement désormais pavées.
Pour Pascal Ongoka, la réalisation répond à « la vision gouvernementale de soutenir l’économie locale, réduire la pauvreté et promouvoir une alimentation plus saine ». Le responsable insiste aussi sur l’effet d’entraînement attendu pour les producteurs de cacao dont les pratiques post-récolte seront améliorées.
Voix des commerçantes : propreté, fierté, espoir
Dans les travées encore parfumées de peinture fraîche, les commerçantes ont laissé éclater leur joie, chansons et sifflets à l’appui. Pélagie Massaka, vendeuse de condiments depuis 2003, lève les bras : « Nous avons connu la boue et la chaleur. Aujourd’hui, c’est la propreté et l’air frais ».
La réouverture offre 200 places de travail direct, dont une large majorité de femmes. Dans l’économie informelle congolaise, le commerce de détail représente parfois l’unique source de revenus d’un foyer. Garantir des conditions dignes devient donc un levier concret de réduction des vulnérabilités.
Le maire de Bacongo, Bernard Batantou, voit dans cette réhabilitation un geste de cohésion. « Par le passé, chaque averse paralysait l’activité. Désormais, pluie ou soleil, les étals resteront ouverts », souligne-t-il, convaincu que la vitalité commerçante rejaillira sur tout l’arrondissement.
Gestion durable : partenariat mairie-Bopeto
Pour assurer la maintenance, la mairie signe une convention avec l’association congolaise Bopeto. L’ONG aura la charge de la propreté, de la sensibilisation aux règles d’hygiène et de la collecte des déchets, triés à la source avant d’être remis à la société publique de voirie.
Un comité de marché formé de commerçants et de représentants municipaux suivra la gestion quotidienne. Les redevances encaissées serviront à payer l’eau, l’électricité, et un fonds d’entretien, rompant avec la pratique passée où les contributions se perdaient parfois dans l’informel.
Impacts attendus sur la sécurité alimentaire de Brazzaville
Au niveau métropolitain, Brazzaville importe encore l’essentiel de ses légumes de la vallée du Niari ou de Kinshasa. L’accroissement du maraîchage périurbain, appuyé par ce marché vitrine, devrait réduire la dépendance et limiter l’empreinte carbone liée aux camions frigorifiques.
L’AFD, partenaire technique, évoque un potentiel de 4 000 tonnes supplémentaires de produits frais par an, soit 15 % des besoins de la capitale. À terme, la démarche pourrait être répliquée dans d’autres arrondissements, créant un maillage de marchés écologiques interconnectés.
Les nutritionnistes du Centre hospitalier de Makélékélé rappellent qu’une consommation accrue de fruits et légumes locaux générerait des gains sanitaires. Le projet s’insère donc dans la stratégie nationale de lutte contre les maladies non transmissibles, responsable de 32 % des décès au Congo.
Une vitrine pour les circuits courts et le cacao congolais
Au-delà des légumes, le marché héberge un espace promotionnel dédié au cacao congolais. Des coopératives y présenteront des fèves fermentées et séchées dans les règles, gage de prix plus élevés sur les marchés internationaux où la qualité post-récolte reste déterminante.
L’idée, soutenue par le ministère de l’Agriculture, est de faire de Plateau-ville un showroom permanent reliant agriculteurs et acheteurs. « Nous voulons que le consommateur voie le visage du producteur », insiste un responsable du Parsa, y voyant un levier pour la traçabilité.
À quelques mètres du fleuve, le ballet des pirogues rappelle chaque matin que Brazzaville demeure nourrie par ses terroirs. Avec son toit neuf, le marché du Plateau-ville ambitionne d’être plus qu’un lieu d’échanges : un symbole d’une économie urbaine durable et inclusive.
