Jeunesse congolaise mobilisée pour l’environnement
Ils étaient environ trois mille, t-shirts verts sur le dos et sacs en bandoulière, à répondre à l’appel du Brazzaville International Leadership Youth Forum le 7 décembre. En marchant, la jeunesse congolaise a voulu afficher sa détermination à préserver son cadre de vie.
Cette mobilisation atteint sa deuxième édition et confirme la place grandissante des jeunes dans l’agenda climatique national, en phase avec la Stratégie nationale de développement durable qui vise à concilier croissance, inclusion sociale et protection des espaces verts urbains.
Un parcours symbolique au cœur de Brazzaville
Partis de la gare centrale, les marcheurs ont traversé les artères les plus fréquentées, du rond-point Poto-Poto à Moungali, avant de rejoindre l’esplanade du stade Alphonse-Massamba-Débat. Le trajet, d’environ six kilomètres, a transformé la ville en salle de classe à ciel ouvert.
Chaque arrêt permettait d’échanger avec les riverains sur l’impact des ordures abandonnées dans les caniveaux, notamment lors des pluies intenses. Des bénévoles distribuait des flyers rappelant qu’un sachet plastique met plus de quatre siècles à se dégrader.
Ramasser les plastiques pour les ODD 6 et 11
Les Objectifs de développement durable 6 et 11 visent respectivement l’accès universel à l’eau salubre et la création de villes sûres, inclusives et résilientes. Ramasser les déchets plastiques s’inscrit dans ces deux cibles, car ils obstruent les égouts et dégradent la qualité des nappes.
Selon l’Agence congolaise de normalisation, plus de 12 000 tonnes de plastiques sont produites chaque année à Brazzaville, dont à peine 4 % sont recyclées. Le Bilyf table sur une implication massive des quartiers pour inverser la tendance et créer de nouveaux débouchés économiques.
L’importance du vivre-ensemble citoyen
« C’est pour nous un signal fort », a insisté le président Précieux Massouémé, micro en main, à l’arrivée. Le leader associatif voit dans ce geste collectif la preuve qu’« une jeunesse engagée et responsable peut influencer positivement les habitudes de toute la communauté ».
Autour de lui, des représentants d’associations de quartiers saluaient également l’appui reçu des autorités locales, notamment la mise à disposition d’un camion-benne pour évacuer les sacs pleins vers le centre de pré-tri de Kombé, récemment modernisé dans le cadre d’un partenariat public-privé.
Engagement institutionnel et appui local
La municipalité rappelle avoir adopté, en juillet, un arrêté renforçant l’interdiction de déverser des plastiques dans le fleuve, tandis que le ministère de l’Environnement encourage les engagements citoyens conformes au Plan national climat, adopté sous l’impulsion du président Denis Sassou Nguesso.
En appui, l’Agence congolaise pour la transition écologique envisage de contractualiser avec des start-ups de la filière recyclage afin de transformer les déchets collectés en pavés ou objets utilitaires. Un appel à projets devrait être publié d’ici mars, annonce un conseiller technique présent sur le parcours.
Des données sur les déchets plastiques urbains
Les données compilées par le laboratoire universitaire Géoscience‐Congo montrent que les zones traversées par la marche génèrent en moyenne 280 kilogrammes de déchets plastiques par jour. Une simulation cartographique projetée à l’esplanade a permis de visualiser les points noirs et motiver les participants.
Dans le même temps, la start-up Map&Clean teste avec le Bilyf une application mobile où chaque sac collecté est géolocalisé avant son acheminement. L’objectif est de certifier les tonnages et d’accéder plus aisément aux financements climat, y compris sur le futur marché volontaire du carbone.
Sports, santé et écologie : un trio gagnant
Après les kilomètres parcourus, la séance d’aérobic dirigée par les coachs du Club olympique de Makélékélé a rappelé que l’activité physique est, elle aussi, un déterminant de santé. Lier sport et écologie permet d’ancrer les gestes durables dans une dynamique positive et festive.
Plusieurs jeunes interrogés disent avoir découvert leur capacité à agir. « Je pensais que c’était le rôle de la mairie », explique Grâce, 19 ans, étudiant en géographie. « Maintenant je sais compter mes pas, mes calories et mes déchets », sourit-il, promettant de revenir avec ses camarades.
Cap sur Pointe-Noire et perspectives durables
L’édition 2024 prendra la direction de Pointe-Noire, capitale économique et autre front d’urgence plastique, annonce déjà le comité d’organisation. La côte, prisée des touristes, subit chaque marée la dérive des sachets et bouteilles, d’où l’importance d’étendre la mobilisation de Brazzaville.
En attendant, le Bilyf propose des formations gratuites au tri ménager et à l’entrepreneuriat vert. Objectif affiché : transformer l’élan d’un jour en programmes pérennes, afin que l’assainissement devienne un réflexe quotidien et que la jeunesse reste le moteur d’une ville plus résiliente dans tous les foyers urbains congolais.
Formation et partenariats éducatifs
Depuis septembre, Bilyf anime des clubs environnement dans douze lycées publics. Les élèves y apprennent à fabriquer des briques éco-plastiques et à tenir une comptabilité carbone. Le rectorat voit dans cette démarche « un prolongement concret des cours scientifiques », souligne un inspecteur de l’enseignement secondaire.
L’organisation prépare également un accord avec l’Université Marien-Ngouabi pour intégrer les données issues des marches à un observatoire participatif. Les chercheurs disposeront d’indicateurs fins, tandis que les étudiants gagneront des crédits pour leurs travaux de terrain, créant un cercle vertueux entre science et action.
