Ronde ministérielle du premier samedi
Avant l’aube, le premier samedi de décembre, Juste Désiré Mondelé enfile un gilet fluorescent et rejoint ses équipes sur le rond-point de Poto-Poto. Comme chaque mois, le ministre scrute trottoirs, caniveaux et devantures pour mesurer l’impact des opérations d’assainissement lancées en 2023.
Du rond-point Ebina à l’avenue Edith-Lucie-Bongo, il observe des étals repliés, des sacs d’ordures en attente d’enlèvement et un balai continu des brigades vertes de la mairie. « Les trottoirs respirent mieux, il faut l’avouer », glisse-t-il entre deux poignées de main.
Entre économie informelle et droit au trottoir
La satisfaction est toutefois nuancée. La capitale compte plus de 60 % d’activités informelles, souvent installées sur la voie publique. « L’économie informelle ne devrait pas empêcher le respect des normes », rappelle le ministre, conscient de l’équilibre délicat entre gagne-pain quotidien et cadre de vie collectif.
Ainsi, de petits vendeurs de fruits ou de téléphones s’installent au lever du jour avant de plier bagage lorsque la police municipale approche. Le phénomène rend l’assainissement réversible : un trottoir dégagé le matin peut redevenir impraticable le soir même.
La voix des commerçants et des riverains
Devant un kiosque repeint, Pauline, étudiante en stage, félicite l’initiative : « Je mets moins de temps pour rejoindre l’arrêt de bus ». À quelques mètres, Dieudonné, vendeur de chaussures, s’inquiète : « Si je loue une place au marché, mes marges chutent ».
Le ministre insiste sur la pédagogie. Radios de quartier, relais communautaires et réseaux sociaux diffusent désormais des messages rappelant que l’obstruction des trottoirs expose à des amendes et met en danger piétons, personnes âgées ou enfants se rendant à l’école.
Un marché réaménagé comme vitrine
À Bacongo, la délégation gagne le marché Bernard Kolelas, récemment agrandi pour accueillir les marchandes des rues. Bacs à déchets, points d’eau et allées aérées composent ce que Mondelé présente comme « la vitrine du commerce populaire moderne ».
Pourtant, la moitié des boxes reste vide. Le ministre pointe des associations de gestion accusées de percevoir des frais sans garantir la propreté. « Nous devons regarder marché par marché ce qui est fait de ces contributions », prévient-il, annonçant des audits et une publication des comptes.
Une loi d’orientation pour des villes propres
Au secrétariat général du gouvernement circule déjà un projet de loi sur l’hygiène urbaine. Le texte prévoit un barème d’amendes progressives, la possibilité de confiscation du matériel encombrant la voie et la création d’un fonds d’amélioration des marchés de proximité.
« Quand la loi sera plus contraignante, tout rentrera dans l’ordre », assure le ministre. Les communes disposeront d’un pouvoir de police renforcé, tandis qu’un comité national de suivi compilera données satellitaires, images drones et relevés de terrain pour cartographier les points noirs en temps réel.
Pérenniser l’élan « Brazza la verte »
Bras-dessus, bras-dessous, agents municipaux, lycéens et associations écologiques organisent déjà des chantiers mensuels de sensibilisation. Un numéro vert permet de signaler un dépôt sauvage ; un mini-site diffuse cartes interactives et procédures d’obtention d’étals réglementaires.
La conscience collective évolue. « Nous voulons retrouver la Brazza coquette de nos parents », confie Mireille, quinquagénaire de Talangaï. Objectif partagé par le président de la République, qui voit dans la propreté urbaine un levier touristique et une fierté nationale durable.
Si la loi donnera le coup d’accélérateur, le succès résidera dans l’appropriation citoyenne. « Nos rues sont notre premier salon », résume le ministre en remontant dans son véhicule, déjà tourné vers le prochain samedi de mobilisation.
