Belém compte à rebours vers la COP30
À Belém, la cité amazonienne qui accueillera la COP30, un petit auditorium bruisse d’accent congolais ce 12 novembre. Autour de tables couvertes de cartes satellites, ministres, banquiers et communautés lancent la pré-table ronde du Fonds bleu.
La réunion, pilotée par la ministre Arlette Soudan-Nonault et le vice-président de la BDEAC Jean Paterne Megne Ekoga, a une mission claire : mettre en musique la recherche de financements internationaux avant la grande scène prévue à Brazzaville en 2026.
Bassin du Congo : capital naturel planétaire
Face aux partenaires, la délégation rappelle que le bassin du Congo stocke près de 30 milliards de tonnes de carbone, abrite plus de dix mille espèces de plantes et alimente l’Océan Atlantique grâce à un réseau fluvial long de 13 000 kilomètres.
Cet argumentaire scientifique est complété par un plaidoyer humain. « Vous financez ici la sécurité alimentaire de peuples pêcheurs, la protection des mangroves et l’ombre des villes côtières », insiste Françoise Matsika, porte-parole des femmes riveraines venue de Pointe-Noire.
Projets verts et bleus du Fonds bleu
Au cœur de la table ronde, un portefeuille de 254 projets est présenté. Trois quarts émanent des institutions publiques, 23 % d’ONG locales ou régionales et 2 % du secteur privé naissant, notamment dans l’écotourisme et la valorisation des déchets agricoles.
Les projets « verts » ciblent la restauration forestière, la télédétection des incendies et l’agroforesterie cacao-bananier. Le volet « bleu » développe des mini-ports écologiques et des fermes piscicoles solaires pour soulager une pression halieutique jugée critique par les pêcheurs.
Transparence financière et BDEAC
La BDEAC, gestionnaire du Fonds, promet une procédure d’analyse conforme aux standards de la Banque mondiale et du Fonds vert pour le climat. Jean Paterne Megne Ekoga assure que chaque décaissement sera assorti d’indicateurs accessibles en ligne.
Selon les premières feuilles de route, 150 millions de dollars devraient être mobilisés d’ici fin 2024 afin de tester la gouvernance financière, avant un objectif élargi à trois milliards de dollars au sommet de Brazzaville.
Pour convaincre, la ministre congolaise mise sur la complémentarité Amazonie-Congo. « Belém montre que nos forêts partagent un destin climatique commun. Nous appelons à un partenariat Sud-Sud renforcé et ouvert aux bailleurs du Nord », déclare-t-elle applaudie par des maires amazoniens.
Leadership congolais et alliances Sud-Sud
Cette diplomatie du climat s’appuie sur l’impulsion donnée par le président Denis Sassou N’Guesso, initiateur du Fonds bleu et actuel président de la Commission climat du Bassin du Congo, salué à Belém pour sa constance.
Dans la salle, Achille Eyenga, consultant camerounais, note que la stabilité politique de la sous-région reste un atout. « Les investisseurs aiment la prévisibilité. Les signaux envoyés ici sont rassurants », explique-t-il au micro d’une radio brésilienne.
Les communautés, toutefois, veulent un siège à la gouvernance. Micheline Ngalula, coordinatrice d’une coopérative de manioc à Mbandaka, réclame un droit de regard : « Nous devons signer les rapports de suivi, pas seulement les lire après coup ».
La réponse arrive du côté brésilien. Le gouverneur Helder Barbalho propose de jumeler des observatoires citoyens Amazonie-Congo, avec un échange de données satellites et de formations à la cartographie participative pour les jeunes riverains.
Impacts locaux et co-bénéfices sociaux
Au-delà des murs, une exposition affiche des cartes thermiques de feux de brousse dans le Kouilou et l’Ogooué. Les visiteurs observent l’effet de mosaïque forestière saupoudrée d’hectares brûlés, preuve visuelle de l’urgence à agir.
Dans les couloirs, l’Agence française de développement confirme étudier cinq projets d’irrigation côtière pour un montant de 40 millions d’euros, sous condition de co-financement panafricain et de garanties communautaires notariales.
De son côté, la BAD prévoit un guichet spécifique pour les villes secondaires du bassin, afin de financer réseaux d’eau potable et éclairage public à énergie solaire, secteurs jugés prioritaires pour retenir l’exode rural.
Les économistes rappellent que chaque dollar investi dans la conservation du bassin génère entre deux et six dollars d’avantages sociaux, qu’il s’agisse de réduction de maladies liées à l’eau ou de création d’emplois verts.
Feuille de route 2024-2026 et innovations
À la fin de la journée, une déclaration conjointe liste six recommandations, dont la mise en œuvre dès 2025 d’un registre public des contributions, accessible en français, anglais et lingala pour renforcer l’inclusivité numérique.
Les partenaires conviennent également de se retrouver à Brazzaville en marge du Forum Investir en Afrique, prévu en octobre 2024, pour un point d’étape financier et technique.
Belém aura donc servi de laboratoire. Au-delà des promesses, le suivi s’annonce déterminant : si les premiers décaissements réussissent, le bassin du Congo pourrait devenir le premier corridor climatique intégrant tourisme, mines responsables et villes sobres en carbone.
Sur le plan pédagogique, un portail interactif sera mis en ligne en mars 2024 pour illustrer, par animation 3D, l’impact de chaque projet sur la séquestration carbone et la vie quotidienne des villages.
Les écoles primaires de Makoua testeront déjà des kits solaires pour recharger tablettes éducatives, pendant que la radio communautaire locale diffusera des capsules expliquant les vertus des forêts marécageuses sur la qualité de l’eau.
