Un trafic mis à nu
Le 28 octobre, les gendarmes de Nkayi ont intercepté un homme transportant discrètement un bébé chimpanzé de six mois, dissimulé sous une couverture dans un taxi-brousse reliant Kindamba à Madingou.
L’opération, menée avec la direction départementale de l’Économie forestière et l’appui technique du Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage, a immédiatement sécurisé l’animal et placé le suspect en garde à vue.
Un cadre légal clair
Au Congo, le chimpanzé figure parmi les espèces intégralement protégées depuis l’arrêté ministériel du 9 avril 2011, qui s’appuie sur la loi 37/2008 relative à la faune et aux aires protégées.
L’article 27 interdit toute détention, circulation ou commerce d’une espèce intégralement protégée sans dérogation scientifique, sous peine de cinq ans de prison et jusqu’à cinq millions de francs CFA d’amende.
Vers des peines dissuasives
Lors de l’audience du 6 novembre, le prévenu, âgé d’un peu plus de quarante ans, a reconnu les faits. Le tribunal de grande instance de Madingou rendra sa décision le 20 novembre.
Selon Maître Pauline Oko, avocate au barreau de Brazzaville, les aveux facilitent la procédure, mais « la justice doit surtout envoyer un signal clair que le trafic de primates n’est pas rentable ».
Soins au sanctuaire de Tchimpounga
Le bébé chimpanzé a été confié au sanctuaire de l’Institut Jane Goodall à Tchimpounga, dans le Kouilou, où il bénéficie d’un suivi vétérinaire, d’une alimentation adaptée et d’un apprentissage social progressif avec d’autres orphelins.
« Nous constatons déjà qu’il reprend du poids et répond aux vocalisations des soigneurs », témoigne le vétérinaire Stéphane Mabiala, soulignant que la réhabilitation peut durer plusieurs années avant un éventuel retour en forêt.
Mobilisation communautaire contre le braconnage
D’après les autorités locales de Kindamba, l’animal aurait été capturé près du village Kibala, zone où l’exploitation artisanale du bois et la chasse de subsistance se superposent.
Pour Martin Bouanga, chef traditionnel, la solution passe par la sensibilisation : « Lorsque les villageois comprennent la valeur touristique et culturelle du chimpanzé, ils deviennent nos premiers gardiens ».
Des radios communautaires diffusent désormais des messages en langues locale lari et kicongo, expliquant les peines encourues et indiquant des numéros verts pour signaler rapidement toute capture d’animal protégé.
Des données pour mieux protéger les primates
Le Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage compile chaque saisie dans une base de données nationale partagée avec INTERPOL et le ministère de l’Intérieur.
Les analystes notent une hausse de 12 % des cas rapportés entre 2021 et 2023, due moins à l’augmentation du braconnage qu’à une meilleure coopération entre forces de l’ordre et ONG.
Une cartographie interactive, consultable au siège de la direction de la Faune à Brazzaville, illustre désormais les corridors de déplacement des chimpanzés et les points chauds de saisie.
Réduire la demande urbaine
Le marché final du trafic reste souvent urbain. À Brazzaville et Pointe-Noire, certains particuliers recherchent encore des primates comme animaux de compagnie, malgré les risques sanitaires et les amendes.
Une campagne d’affichage lancée par le ministère de l’Environnement, avec le soutien d’entreprises locales, rappelle que posséder un chimpanzé est illégal et expose à la perte du statut social.
Perspectives d’économie verte
Le Congo inscrit la protection des primates dans sa stratégie d’économie verte, misant sur l’écotourisme et les crédits carbone liés au maintien des forêts pour créer des revenus alternatifs.
Dans la Bouenza, deux coopératives féminines viennent de recevoir des microcrédits pour développer des cultures de cacao agroforestier, réduisant la pression sur les massifs forestiers voisins.
Une vigilance appelée à durer
Le verdict de Madingou sera scruté par les défenseurs de la nature et les communautés riveraines. Il pourrait devenir un cas d’école pour renforcer la dissuasion et consolider les initiatives locales déjà engagées.
Formation des forces de l’ordre
Depuis 2020, plus de cent officiers de police judiciaire ont suivi une formation spécialisée sur l’identification des espèces protégées et les techniques de flagrance, dispensée à l’École nationale des eaux et forêts avec l’appui financier de l’Union européenne.
Le capitaine René Mankessi confirme que ces sessions ont permis de réduire la durée des enquêtes ; les procès-verbaux sont rédigés plus rapidement et les prélèvements ADN pour la traçabilité des primates sont désormais systématiques.
Recherche scientifique et suivi génétique
Le Centre de primatologie de l’Université Marien-Ngouabi analyse actuellement des échantillons de poils et de fèces collectés sur le terrain afin de cartographier la diversité génétique des chimpanzés congolais.
Selon le chercheur Alain Koumba, ces données guideront les réintroductions futures : « Libérer un orphelin dans une population à laquelle il est génétiquement proche augmente ses chances d’intégration et diminue les risques sanitaires ».
Appui du secteur privé
La société agro-industrielle Suco s’est engagée à financer la construction d’un couloir biologique de dix kilomètres, reliant deux fragments forestiers proches de sa plantation d’huile de palme, pour faciliter la circulation des primates.
Suco prévoit également de former ses 500 employés aux protocoles d’alerte anti-braconnage et d’installer des panneaux pédagogiques le long de la route d’accès à la raffinerie.
