Une peine qui marque les esprits
Le Tribunal de grande instance de Madingou, dans la Bouenza, a condamné le 20 novembre dernier Fulgence Claver Ntondélé Moukoko à deux ans de prison ferme et 200 000 FCFA d’amende pour détention, circulation et tentative de commercialisation d’un bébé chimpanzé illégal capturé récemment.
Au-delà de la sanction pénale, le trafiquant devra verser un million de francs CFA de dommages-intérêts à l’État congolais, signant une décision perçue localement comme exemplaire et dissuasive face à la recrudescence des délits liés à la faune protégée dans la région sud du pays.
L’opération d’interpellation détaillée
L’arrestation a eu lieu le 28 octobre à Nkayi lorsque les gendarmes de la région, assistés d’agents de l’Économie forestière et du Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune (Palf), ont surpris le suspect transportant l’animal dissimulé dans un sac étroit.
Les autorités estiment que le primate, arraché à la forêt de Kindamba puis maintenu deux mois en captivité, devait être écoulé à un acheteur encore non identifié, illustrant la persistance de réseaux clandestins très actifs entre le Pool et la Bouenza depuis plusieurs années selon eux.
Un cadre juridique ferme depuis 2008
La république du Congo s’est dotée en 2008 de la loi 37-2008 relative à la faune et aux aires protégées, plaçant le chimpanzé parmi les espèces intégralement protégées et interdisant strictement toute capture, détention, transport ou commerce sans dérogation scientifique préalable de l’administration forestière.
L’article 27 du texte rappelle que l’importation, l’exportation ou même le transit d’un trophée sont prohibés, sauf autorisation expresse des Eaux et Forêts, une précision qui ferme la porte aux marchands d’animaux sauvages sur l’ensemble du territoire national depuis sa publication officielle au Journal Officiel.
Le sanctuaire de Tchimpounga en première ligne
Après la saisie, le bébé chimpanzé a été transféré au sanctuaire de Tchimpounga, géré par l’Institut Jane Goodall à 50 kilomètres de Pointe-Noire, où des vétérinaires suivent un protocole de réhabilitation élaboré pour les primates traumatisés par l’enlèvement et le stress subi récemment encore.
Selon le personnel du centre, l’animal âgé d’environ six mois réapprend progressivement à grimper, s’alimenter seul et interagir avec ses congénères, étape indispensable avant toute réintroduction future dans son habitat naturel des forêts côtières du Kouilou où l’espèce demeure encore présente et vulnérable au piégeage.
Communautés et autorités, un front commun
Les leaders communautaires de Nkayi saluent l’action concertée gendarmerie-Economie forestière, rappelant que le braconnage prive aussi les villages d’un potentiel touristique et d’opportunités économiques durables basées sur l’observation de la faune emblématique du bassin du Congo dans un contexte de diversification locale des revenus.
Pour les ONG impliquées dans la sensibilisation, ce jugement vient prouver que la chaîne judiciaire s’active et que signaler un trafic n’est pas vain, arguant qu’une meilleure collaboration avec les autorités coutumières peut encore accélérer les procédures et garantir la protection rapide des saisies vivantes.
Impacts sur la conservation des primates
Le Congo abrite la plus grande population de chimpanzés d’Afrique centrale mais voit encore ses forêts fragmentées, rendant les petits primates plus accessibles aux pièges et encourageant la demande pour des animaux de compagnie exotiques dans certaines villes de la sous-région au détriment des écosystèmes.
Chaque primate capturé signifie souvent la mort de plusieurs adultes protecteurs, un coût biologique élevé qui compromet la structure sociale des groupes et la régénération forestière liée à la dispersion des graines qu’assurent naturellement ces grands frugivores dans l’ensemble du paysage écologique congolais au long terme.
Des leviers pour limiter le trafic
Face à cette réalité, les magistrats insistent désormais sur le volet indemnités civiles, afin d’intégrer le coût environnemental dans la peine et de financer, à terme, des actions de restauration ou de sensibilisation portées par les collectivités riveraines autour des parcs communaux existants notamment.
Le Palf, présent depuis plus d’une décennie, propose d’intensifier les formations dédiées aux enquêteurs ruraux, car la traçabilité des armes et des filières téléphoniques reste capitale pour démanteler les réseaux plus vastes opérant parfois à l’échelle transfrontalière dans la sous-région Cémac aussi visés par ces trafics.
Des campagnes radio en langues locales sont également envisagées afin d’expliquer la portée de la loi 37-2008 et de rappeler que posséder un animal sauvage chez soi expose à des poursuites rapides, désormais relayées sur les réseaux sociaux régionaux et dans les marchés urbains.
La direction départementale de l’Économie forestière estime que la décision de Madingou servira de référence aux autres tribunaux, cimentant une jurisprudence de tolérance zéro tout en renforçant la crédibilité du dispositif national de lutte contre la criminalité liée à la faune sauvage et auxiliaire des douanes.
En démontrant l’efficacité conjointe des lois, de la justice et des structures d’accueil, l’affaire souligne que la conservation des chimpanzés n’est pas seulement une question environnementale, mais aussi un vecteur de développement pour des territoires qui misent sur leur capital naturel et la fierté communautaire.
