Une réforme sans alourdir le porte-monnaie
Dans les artères de Brazzaville, la question des ordures ménagères revient comme un refrain. Devant la presse, le ministre de l’Assainissement urbain, Juste Désiré Mondélé, a martelé qu’« aucune nouvelle taxe n’a été créée », rappelant que l’enjeu est d’améliorer, pas d’alourdir, la contribution citoyenne.
Clarifier un paysage fiscal brouillé
Le Conseil des ministres a constaté des dysfonctionnements dans la gestion des montants déjà perçus auprès des ménages. Entre recettes mal identifiées et dépenses peu visibles, la situation alimente la défiance. La réforme veut donc structurer l’existant, afin que chaque franc dédié à l’assainissement trouve sa destination.
Digitalisation : traçabilité et confiance
À partir de février, chaque paiement sera enregistré sur une plateforme numérique développée avec l’Agence de régulation des transferts électroniques. Le citoyen pourra suivre son versement et vérifier que la somme finance réellement le ramassage des déchets, un gage de transparence salué par plusieurs organisations de jeunes entrepreneurs locaux.
Des ressources qui restent au quartier
Le ministère veut orienter les contributions vers des entreprises de proximité, associations ou comités de quartier dûment référencés. « Ces structures connaissent les ruelles, les jours de marché et les habitudes », souligne Clarisse Kodia, urbaniste. En soutenant leurs emplois, l’État entend transformer la corvée des ordures en moteur économique local.
Recensement des collecteurs : qui fait quoi ?
Un vaste recensement démarre ce mois-ci pour immatriculer les précollecteurs, cartographier leurs parcours et vérifier leur équipement. Les équipes seront formées aux normes d’hygiène et à la sécurité routière, condition nécessaire pour accéder aux contrats publics. Cette démarche vise à mettre fin aux dépôts anarchiques et aux décharges sauvages.
Un régime de sanctions dissuasif
La nouvelle grille prévoit des amendes progressives à l’encontre des collecteurs non déclarés ou des usagers pris en flagrant délit de dépôt illicite. Les sommes récoltées viendront abonder un fonds communal dédié à la réhabilitation des points noirs, créant ainsi un cercle vertueux entre répression, réparation et amélioration du cadre de vie.
Marchés domaniaux : malpropreté malgré les cotisations
Au marché de Ouenzé, les étals débordent de légumes frais et… de sacs plastiques. Les commerçants disent verser entre 100 et 1 200 F CFA par jour pour le balayage. « Mais les poubelles restent pleines », regrette Adèle Tsiebo, vendeuse de poisson fumé, qui réclame une ventilation claire des dépenses.
Budgets invisibles, méfiance visible
Les associations gestionnaires reconnaissent leurs difficultés à honorer la tâche sans contrat formel ni soutien technique. Le ministère propose désormais des conventions types liant marchés, municipalités et prestataires. Elles fixeront la fréquence des rotations, le volume évacué et les indicateurs de performance soumis au contrôle d’un comité tripartite.
Voix de commerçants et attentes concrètes
Plusieurs vendeurs plaident pour un affichage public des tarifs et des services couverts, à l’image des tableaux de change. « Quand on sait où va son argent, on paie sans discuter », note un grossiste en ignames. La digitalisation pourrait fournir ce tableau de bord en temps réel, accessible via smartphone.
Paiement mobile : un ticket virtuel
Le projet pilote e-Assainissement permettra de régler la contribution par transfert mobile sécurisé. Un reçu horodaté comportera le QR Code du collecteur assigné. Ce dernier devra scanner le code au moment du ramassage, validant la mission. Toute omission déclenchera une alerte automatique à la municipalité.
Former pour professionnaliser
Les précollecteurs suivront un module de trois semaines sur la gestion des déchets solides, co-construit avec l’Université Marien-Ngouabi. L’angle économie circulaire y occupe une place centrale : tri à la source, récupération des plastiques et compostage des biodéchets pourraient générer des filières locales créatrices d’emplois verts.
Mobilisation citoyenne et civisme environnemental
Le ministre appelle chaque habitant à conserver les rues propres après le passage des balayeurs. Des brigades scolaires, soutenues par des ONG environnementales, distribueront des sacs réutilisables lors des campagnes hebdomadaires « Quartier Propre ». L’objectif est d’ancrer le geste de tri dans les pratiques quotidiennes des familles.
Ancrage dans la politique nationale
Adoptée récemment, la politique nationale de l’assainissement s’articule autour de la gouvernance, du financement et de la responsabilisation. Les mesures présentées entrent aussi dans le cadrage de la loi de finances 2026, qui ouvre des lignes budgétaires spécifiques au ramassage des ordures, afin de sécuriser les fonds à long terme.
Soutien international et partenariats
Plusieurs bailleurs, dont l’Agence française de développement et le Programme des Nations unies pour l’Environnement, ont manifesté leur intérêt pour accompagner la digitalisation. Des discussions portent sur l’accès à des fonds verts destinés à équiper Brazzaville de centres de tri semi-industrialisés, complétant l’offre de services des collecteurs communautaires.
Impact sanitaire et climat
Réduire les dépôts clandestins limitera la prolifération des moustiques et donc le risque de paludisme. Le ministère estime que la baisse des brûlages à ciel ouvert pourrait également économiser plus de 15 000 tonnes d’émissions de CO₂ par an, contribution mesurable aux engagements climatiques du pays.
Les collectivités au cœur du dispositif
Chaque mairie pilotera un tableau de bord mensuel, croisant dépenses, tonnages collectés et plaintes reçues. Les données, ouvertes au public, renforceront la redevabilité. « Nous devons prouver que le franc du citoyen produit un service concret », insiste Marius Mabiala, directeur de cabinet adjoint au ministère.
Changer le regard sur les déchets
Au-delà des camions et des bennes, la réforme invite à considérer le déchet comme ressource. Les coopératives d’artisans recyclent déjà les plastiques en pavés pour terrasses. Le gouvernement veut multiplier ces initiatives, en finançant des ateliers pilotes dans les quartiers périphériques, où l’emploi des jeunes est prioritaire.
Un rendez-vous avec la propreté partagée
De la digitalisation des paiements à la professionnalisation des collecteurs, la réforme se veut globale. Elle repose toutefois sur un prérequis : que chaque riverain, commerçant ou transporteur prenne sa part. Sans taxe nouvelle, mais avec des règles claires, Brazzaville peut devenir la vitrine d’un assainissement durable made in Congo.
