Pourquoi l’accès à l’information compte
Au cœur de Brazzaville, la question n’était pas d’abattre un arbre de plus, mais de lever le voile sur des dossiers souvent jugés opaques. L’accès à l’information forestière cristallise désormais les espoirs d’une gestion durable qui soutient à la fois climat, emploi et recettes nationales.
CEFA : deux jours pour disséquer les textes
Réuni au Centre d’éducation, de formation et d’apprentissage, un panel d’experts, d’associations et de représentants étatiques a consacré trente-six heures à examiner ligne par ligne le projet de décret sur la diffusion des données forestières, rédigé par le cabinet TEREA pour le ministère concerné.
Gouvernance forestière et ambitions nationales
Accélérer la mise en application du nouveau code forestier adopté en 2020 reste une priorité affichée par le gouvernement, qui voit dans la transparence un atout pour confirmer la réputation du Congo comme pays pilote du partenariat APV/FLEGT et attractif pour les financements climat.
Femmes leaders et expertise locale
Sous la houlette de la directrice exécutive de l’OCDH, Nina Cynthia Kiyindou Yombo, et de Marie Odette Itango du REFADD, l’atelier a donné une grande place aux voix féminines. Elles ont plaidé pour que chaque ligne réglementaire intègre la dimension genre et les savoirs traditionnels.
Transparence, moteur du partenariat UE-Congo
Le partenariat volontaire signé en 2010 avec l’Union européenne a rythmé les échanges. « La transparence conditionne l’accès au marché européen des bois », rappelle la facilitatrice Laurence Weté Soh, pour qui le futur décret doit devenir un moteur commercial crédible.
Les obstacles juridiques identifiés
Les analystes pointent trois failles : pas de délai légal pour transmettre un document, incertitude sur les frais et sanctions floues en cas de refus. Autant de zones grises susceptibles de freiner l’effectivité du droit d’accès aux données forestières.
Des solutions concrètes sur la table
Pour combler ces lacunes, le groupe propose d’adosser une rubrique forêt au portail administratif unique. Chaque requête disposerait d’un numéro suivi et d’un tableau public des performances, offrant ainsi transparence et traçabilité sans multiplier les plateformes.
Communautés impliquées, forêt préservée
Au-delà des écrans, les participants rappellent que la première audience de la loi demeure la population périphérique des concessions. « Une fiche imprimée, affichée au marché ou à la chefferie, vaut parfois plus qu’un fichier PDF », souligne Christella Mbongo-Passi de Femme Énergie.
Un consensus pour accélérer les décrets
Consensus rare, la salle valide le principe d’un délai maximal de quinze jours pour toute réponse, assorti d’un silence valant acceptation partielle. Cette proposition doit maintenant être transmise au ministère de l’Économie forestière, qui pilote la rédaction finale avant sa soumission gouvernementale.
Encadré pratique : comment demander un document ?
Toute personne peut dès aujourd’hui formuler une demande écrite mentionnant nom, contact et objet, puis la déposer au service régional des forêts ou à la mairie. Un récépissé horodaté est exigible. Passé le délai, un recours gracieux auprès du préfet reste possible.
Cartographie et données ouvertes en renfort
Plusieurs ONG préparent parallèlement une cartographie interactive des concessions, incendies et coupes sélectives, alimentée par des images Sentinel-2. En plaçant ces couches de données en accès libre, elles espèrent renforcer la surveillance communautaire et réduire le coût des missions de terrain.
Financement climat et opportunités vertes
La transparence pourrait aussi servir d’argument pour capter des fonds carbone volontaires. Selon l’expert Daniel Ndinga, un système d’information robuste « rassure les bailleurs sur l’intégrité environnementale des crédits, donc sur leur valeur ». Un mécanisme gagnant-gagnant pour État, entreprises et communautés.
Formations à multiplier dans les départements
Les participants recommandent de répliquer l’atelier dans les départements de la Sangha, de la Likouala et du Niari, où l’activité forestière est la plus dense. Former les chefs de villages à la lecture des contrats et à la navigation web est perçu comme l’étape suivante indispensable.
Signal prometteur pour les investisseurs
Du côté des investisseurs, la perspective d’un guichet unique sécurisé séduit. Un responsable d’une société de capital naturel, préférant l’anonymat, souligne que « la stabilité réglementaire et la publication des concessions en open data réduisent le risque pays et abaissent le coût du capital ».
Prochain jalon parlementaire
Le calendrier reste serré : le projet de décret doit être finalisé avant la prochaine session parlementaire annoncée pour avril 2026. Si la procédure suit son cours, les premiers rapports publics sur les plans d’aménagement forestier pourraient être consultables en ligne dès le second semestre.
Vers une gouvernance forestière inclusive
En plaçant la circulation de l’information au centre, le Congo confirme qu’une gouvernance forestière inclusive est possible. Reste à transformer la promesse en actes ; la société civile comme les autorités semblent désormais prêtes à marcher d’un même pas pour préserver l’or vert national.
Recherche et universitaires mobilisés
Le Département de foresterie de l’Université Marien-Ngouabi, représenté par le professeur Aloïs Massamba, a proposé de transformer les données recueillies en matériel pédagogique. « Nos étudiants pourront analyser des séries temporelles réelles et produire des alertes, utile aux préfets comme aux industriels », note-t-il.
Climat et adaptation locale
Les travaux du CEFA interviennent alors que les pluies débutent avec intensité, rappelant la vulnérabilité des bassins versants. Une information forestière fiable conditionne aussi les politiques d’adaptation : mieux connaître l’état des sols et des mangroves, c’est mieux anticiper les crues et protéger les villages.
