Un accord clé pour la durabilité forestière
À Brazzaville, la 22ᵉ session du Comité conjoint A.p.v-Flegt s’est tenue le 27 novembre 2025 sous la houlette de la ministre de l’économie forestière Rosalie Matondo et de l’ambassadeure de l’Union européenne Anne Marchal.
Signé en 2010, l’accord volontaire lie le Congo et l’Europe pour garantir la légalité du bois exporté, renforcer la gouvernance forestière et lutter contre la déforestation, enjeu majeur du bassin du Congo, deuxième poumon vert planétaire.
Calendrier serré avant le règlement européen
La rencontre se place à un mois de l’entrée en vigueur du nouveau règlement européen sur la déforestation, daté du 30 décembre 2025. Les entreprises congolaises devront prouver la légalité et la traçabilité complètes de chaque grume destinée au marché européen.
« La ressource forestière ne doit pas être victime des lenteurs administratives », a martelé Anne Marchal, appelant à transformer la contrainte réglementaire en avantage compétitif.
Objectif 2028 : vers les premières licences FLEGT
Le plan d’action 2024-2028 fixe une étape symbolique : émettre les premiers certificats de légalité au cours de 2025, avant d’octroyer les licences FLEGT complètes d’ici 2028. Ces licences ouvriront aux industriels un accès simplifié au marché des Vingt-Sept.
Rosalie Matondo voit dans cet horizon « un tournant historique pour consolider la réputation du bois congolais ». Les équipes techniques peaufinent actuellement les audits pilotes auprès de concessions volontaires.
Un système numérique au cœur du contrôle
Le système informatisé de vérification de la légalité, développé avec l’appui de l’UE, concentre les attentes. Son déploiement intégral doit couvrir l’enregistrement des titres, le suivi GPS des expéditions et la publication ouverte des données.
Un module complémentaire pour les permis CITES est envisagé afin d’éviter les doubles saisies et d’accélérer la livraison de documents, un point souligné par les exportateurs réunis lors de l’atelier parallèle.
Texte d’application et aménagement simplifié
Les parties ont salué les progrès réalisés sur les décrets d’application du nouveau Code forestier. Reste à finaliser les directives portant aménagement simplifié, adoptées en consultation avec la société civile pour inclure la gestion communautaire et la protection des tourbières.
Selon le juriste forestier Roland Mombo, cette étape « bétonne » la crédibilité juridique de la future licence.
Impact socio-économique mesurable
La filière représente déjà 5,6 % du PIB national, 7 000 emplois directs et 15 000 emplois indirects. Les projections officielles tablent sur 2 000 postes supplémentaires à l’horizon 2028, grâce à la transformation locale et à la certification.
À Ngombé, l’entreprise IFO teste une ligne de sciage à haute valeur ajoutée. « Le label FLEGT nous ouvrira davantage de marchés responsables », explique son directeur des opérations, Paul Ibata.
Voix des communautés forestières
À Pokola, Ernestine Ebouango, cheffe d’un groupement de femmes récoltant le miel sauvage, voit aussi l’accord comme un « gage de respect des droits des riverains ». Les clauses sociales exigent le consentement libre et éclairé pour toute nouvelle concession.
Des ONG locales, dont CAGDF, participent à la surveillance indépendante. Leur dernier rapport note une baisse des coupes illicites dans la Likouala depuis le déploiement de patrouilles mixtes éco-garde-communauté.
Transparence et valeur ajoutée
Le Comité conjoint recommande la publication trimestrielle des recettes forestières et l’allocation de 15 % d’entre elles au Fonds de développement local. Cette mesure vise à financer des projets d’eau potable, de santé et d’éducation dans les villages enclavés.
Pour l’économiste Mireille Ngoma, la transparence financière « renforce la confiance des investisseurs et des bailleurs dans la capacité du Congo à gérer durablement ses actifs naturels ».
Financement vert et assurance qualité
La Banque de développement des États d’Afrique centrale propose une ligne de crédit verte dédiée aux scieries prêtes à se certifier. Des primes d’assurance réduites sont annoncées pour les opérateurs dotés de licences FLEGT, reconnaissant leur moindre risque réglementaire.
Ces incitations pourraient, selon le consultant Jean-Luc Mbani, réduire de 4 % le coût de production moyen par mètre cube transformé.
Prochaines étapes stratégiques
Le mémorandum final coconstruit par l’État, l’UE, le secteur privé et la société civile prévoit un suivi semestriel. Chaque trimestre, un tableau de bord public présentera l’état d’avancement des indicateurs clés : taux de concession auditée, nombre de certificats délivrés, plaintes résolues.
Une mission de vérification indépendante se déplacera dans les départements de la Sangha et du Niari au premier semestre 2026.
Un signal positif pour l’Afrique centrale
Le Congo devient ainsi le premier pays du bassin à rapprocher l’échéance FLEGT des exigences du nouveau règlement européen. Cette avance peut inspirer le Gabon et le Cameroun, encore au stade de l’évaluation conjointe initiale.
Pour Anne Marchal, « l’exemplarité congolaise facilitera l’accès de toute la sous-région aux marchés durables ».
À la croisée du climat et de l’économie
La réduction de la déforestation permettra de conserver des millions de tonnes de carbone stockées. Le gouvernement prévoit d’inscrire ces efforts dans la stratégie nationale climat, en synergie avec le mécanisme REDD+ déjà opérationnel.
Le secteur privé y voit une opportunité de valoriser les crédits carbone générés par la bonne gestion forestière.
Conclusion d’étape porteuse d’espoir
La 22ᵉ session clôt un chapitre mais ouvre surtout celui de l’action. Les acteurs se disent conscients que la réussite passera par la rigueur technique, la participation citoyenne et la volonté politique.
Le prochain rendez-vous, fixé à juin 2026, devra montrer des certificats émis et des bénéfices concrets pour les populations et les forêts du Congo.
