Éducation des enfants autochtones au Congo : le cap
En République du Congo, l’ONG Espace Opoko, active depuis plus de dix ans, a rendu public son bilan 2025. L’organisation y associe un message clair : consolider les acquis et trouver de nouveaux partenariats pour 2026, présentée comme une étape décisive de son action.
Son engagement se situe d’abord dans l’école. Mais son objectif, selon ses responsables, est aussi de donner aux enfants autochtones des outils pour défendre leurs droits et se projeter dans des parcours durables, du primaire jusqu’à l’université, puis vers l’emploi.
Une vision long terme, jusqu’aux institutions internationales
Espace Opoko met en avant une vision d’accompagnement sur la durée, pensée comme une chaîne continue. Le président de l’ONG, Averty Ndzoyi, insiste sur l’idée que la transformation ne se limite pas à l’obtention d’un diplôme, mais touche la capacité à prendre la parole et à agir.
En 2025, cette ambition a été illustrée par l’intervention d’un étudiant issu du programme à la tribune des Nations Unies à Genève, en Suisse. Pour l’ONG, cet épisode symbolise une progression : des salles de classe vers des espaces où se discutent des décisions majeures.
Bilan 2025 : extension à de nouvelles communautés
Selon Averty Ndzoyi, l’année 2025 est marquée par une expansion du dispositif. Une trentaine de nouvelles communautés autochtones ont été intégrées dans les départements de la Lekoumou, du Nkeni-Alima et de la Sangha, élargissant la couverture du programme sur le territoire.
Dans le même temps, le nombre d’enfants accompagnés est passé de 1 052 à 1 652. Espace Opoko présente ce mouvement comme le résultat d’un travail de terrain et d’une coordination avec différents acteurs locaux, afin d’identifier les besoins et de sécuriser les parcours scolaires.
Scolarité en ville : prise en charge complète et suivi social
L’ONG indique que 52 élèves ont été déplacés vers des centres urbains, notamment Mokeko, Sibiti et Brazzaville, pour poursuivre leur scolarité. Ce choix, décrit comme un levier pour maintenir la continuité éducative, implique un dispositif d’accueil et d’accompagnement.
Espace Opoko précise que la prise en charge couvre la scolarité, le logement, la nutrition, la santé et l’accompagnement social. L’organisation insiste sur le suivi individualisé, présenté comme une condition pour réduire les décrochages et répondre aux difficultés rencontrées par certains enfants.
Biodiversité et recyclage : l’éducation environnementale en 2025
Au-delà des salles de classe, Espace Opoko revendique une approche plus globale. En 2025, son département d’éducation environnementale a mené quatre-vingt campagnes de sensibilisation à Brazzaville, centrées sur la biodiversité et le recyclage.
Dans un pays où les débats sur la préservation des écosystèmes et la gestion des déchets progressent, l’ONG présente ces actions comme un apprentissage concret. L’idée est de relier les savoirs scolaires aux gestes du quotidien, en particulier chez les plus jeunes.
Culture, hygiène et soutien scolaire : une approche intégrée
L’organisation cite aussi un projet d’échange culturel avec la structure française « La douche du lézard ». L’initiative a rapproché des artistes et des communautés autochtones du district de Zanaga, avec l’objectif de valoriser les expressions culturelles et de créer du lien.
En parallèle, des campagnes d’hygiène corporelle destinées aux femmes et aux jeunes filles ont été menées. L’ONG mentionne également des travaux dirigés pour les classes d’examen, ainsi qu’un suivi individualisé, pensé pour sécuriser les moments clés de l’année scolaire.
Résultats scolaires 2025 : CEP, BEPC et baccalauréat
Sur le plan académique, Espace Opoko communique des résultats aux examens. Au certificat d’études primaires, 15 candidats sur 18 ont été admis, avec un taux annoncé de 100 % dans la Lekoumou. Ces chiffres sont présentés comme un indicateur encourageant.
Au BEPC, 36 admissions sont rapportées sur 76 candidats. Au baccalauréat, 14 admissions sur 19 sont annoncées. L’ONG précise enfin que deux étudiants se préparent à soutenir leur licence en agronomie et foresterie, et qu’une étudiante est en troisième année de sciences économiques.
Fin du programme Ô Yika : restitution prévue à Brazzaville
Espace Opoko indique que le programme « Ô Yika », financé par l’ambassade de France, arrive à son terme. Selon l’ONG, ce dispositif a contribué à renforcer l’accès à l’éducation et à l’hygiène dans dix-neuf communautés de la Lekoumou.
Une cérémonie de restitution est annoncée pour le 30 janvier à l’Institut français du Congo. L’événement doit permettre de partager les enseignements du programme, d’exposer les résultats et, potentiellement, de nourrir de nouvelles coopérations autour des priorités éducatives.
2026, « année de l’autonomisation » : formations et production locale
Pour 2026, Espace Opoko parle d’une « année de l’autonomisation ». L’organisation explique toutefois faire face à une baisse des financements, un point qui, selon elle, impose de diversifier les soutiens pour maintenir la dynamique engagée auprès des communautés.
Parmi les activités prévues, l’ONG annonce des formations professionnelles en couture, agriculture et pêche à la Case du peuple de Bambama. Elle prévoit aussi le lancement d’une unité de production de tenues scolaires fabriquées par des familles autochtones, afin de créer des revenus et de répondre à un besoin concret.
Appel aux partenaires : consolider une solution à l’échelle nationale
Espace Opoko appelle le gouvernement congolais, les ONG, les bailleurs et les représentations diplomatiques à consolider et étendre le programme à l’ensemble des communautés autochtones du pays. La formulation se veut inclusive : l’éducation est présentée comme un investissement collectif.
Averty Ndzoyi résume l’esprit de cette mobilisation par une phrase que l’ONG reprend comme repère : « Éduquer un enfant, c’est éduquer tout un pays ». Pour ses équipes, l’enjeu est désormais de sécuriser les partenariats afin que la progression de 2025 se prolonge en 2026.
