Mines renouvelables, une idée qui intrigue
Au cœur du campus flambant neuf de l’Université Denis-Sassou Nguesso, une simple parcelle herbeuse promet de devenir un laboratoire inédit pour la transition énergétique congolaise.
Le 23 décembre 2025, le docteur Maurice Itous Ibara y a exposé son concept de « mines renouvelables » devant une centaine d’étudiants captivés, sous le regard attentif du président de l’UDSN, le professeur Ange Antoine Abéna.
Le chercheur affirme qu’il est possible de « cultiver » pétrole, or ou uranium comme on planterait des arbres, grâce à un procédé chimique encore confidentiel mais inspiré, selon lui, des cycles naturels de formation des hydrocarbures.
Pour la République du Congo, souvent caricaturée comme simple exportatrice de matières premières, la proposition ouvre des perspectives industrielles et scientifiques que d’aucuns jugent stratégiques.
Du concept à la démonstration sur le terrain
Cinq micro-gisements pilotes sont déjà délimités à l’arrière du bloc de cours magistraux.
L’équipe de Dr Itous Ibara prévoit d’y déposer des solutions catalytiques puis de suivre, mois après mois, l’apparition de composés fossiles ou métalliques, grâce à des capteurs et à des carottages opérés par les étudiants.
L’objectif, répète le conférencier, est d’« accélérer » en laboratoire des processus géologiques qui prennent d’ordinaire des millions d’années, afin de fournir demain des ressources bas-carbone en quantité maîtrisée.
Trois doctorants de la Faculté des sciences appliquées, contactés à la sortie, saluent déjà un passage concret « de la théorie aux éprouvettes » et espèrent breveter des instruments de mesure issus de l’expérience.
Éveiller l’esprit d’innovation des étudiants
« Notre rôle est de maintenir l’éveil scientifique », rappelle le vice-président Arnaud Wilfrid Etou, convaincu que les conférences thématiques stimulent la créativité mieux qu’un cours magistral supplémentaire.
Ainsi, la présence de chercheurs externes offre aux étudiants un réseau, des idées de stages et la confiance indispensable pour, un jour, monter leur propre start-up verte.
Pour Mireille, inscrite en troisième année d’hydraulique, la promesse de « cultiver » de futurs biocarburants renforce le sens des heures passées en laboratoire de chimie analytique.
Côté enseignants, la démarche constitue aussi un levier pour glaner des financements compétitifs, car les appels à projets internationaux exigent désormais des preuves tangibles d’impact sociétal.
« Si nous démontrons ici qu’une tonne de pétrole renouvelable peut être générée sans déforester, nous attirerons des partenariats industriels majeurs », anticipe le professeur Abéna avec prudence mais détermination.
Vers une stratégie énergétique intégrée
Le docteur Itous Ibara insiste : la démarche ne s’oppose pas aux énergies renouvelables classiques; elle propose une « intelligence renouvelable » où solaire, biomasse et mines cultivées se complètent.
Il affirme pouvoir, à moyen terme, répliquer l’expérience dans chaque département du pays, créant selon lui des chaînes de valeur locales et des emplois qualifiés en géosciences.
Les observateurs saluent un discours aligné sur les ambitions nationales de neutralité carbone, tout en rappelant qu’une validation indépendante des résultats sera déterminante pour passer de la phase pilote à la production.
En attendant, la petite parcelle de l’UDSN cristallise un rare mélange d’enthousiasme scientifique et d’espoir économique, donnant à Brazzaville des allures de capitale africaine de l’innovation matérialiste.
Le rendez-vous est pris pour les premiers prélèvements, programmés dans six mois ; un temps bref à l’échelle de la géologie, mais un éternité pour des étudiants impatients de mesurer leur future empreinte dans le sol.
Défis scientifiques et exigences de transparence
Travailler sur la genèse accélérée de ressources fossiles soulève inévitablement des questions de reproductibilité et de contrôle de risques, admet le chimiste, qui prépare déjà un protocole d’audit en collaboration avec l’Agence congolaise du développement durable.
Les échantillons seront scellés puis analysés indépendamment par le Centre national de recherche géologique afin de garantir la traçabilité des isotopes produits et d’écarter tout soupçon de contamination externe.
Pour Léandre Mbemba, spécialiste local des politiques climatiques, ce niveau d’exigence scientifique « crédibilise la position du Congo dans les négociations internationales sur la finance carbone », souvent dominées par les pays industrialisés.
Il prévient néanmoins que les promoteurs devront prouver le caractère bas-émissions du procédé, condition incontournable pour accéder aux marchés émergents des crédits de transition.
Un pas supplémentaire vers la souveraineté scientifique
Au-delà de la seule question énergétique, les responsables de l’UDSN voient dans le projet un terrain idéal pour renforcer la souveraineté scientifique du pays et retenir les talents souvent tentés par l’expatriation.
Un accord de principe avec plusieurs lycées techniques de Brazzaville prévoit déjà des visites pédagogiques afin d’éveiller, dès le secondaire, l’intérêt pour la recherche appliquée et les métiers de l’énergie.
Cette ouverture au public devrait également permettre de vulgariser les notions de dérèglement climatique, un enjeu que le docteur Itous Ibara veut traduire en solutions concrètes plutôt qu’en inquiétudes abstraites.
Les prochains mois donneront un premier verdict scientifique, mais la dynamique enclenchée semble déjà créer un écosystème où décideurs, chercheurs et étudiants tirent dans la même direction.
Si la promesse se confirme, le Congo-Brazzaville pourra revendiquer une voie originale, combinant richesse du sous-sol, fertile ingéniosité locale et respect des engagements climatiques.
