Vote historique à l’Assemblée nationale
Dans l’hémicycle de Brazzaville, la séance plénière du 18 décembre a tourné une page législative majeure en votant deux textes attendus : l’un refonde l’Institut national de recherche forestière, l’autre établit l’Agence congolaise de radioprotection et de sûreté nucléaire.
Sous les applaudissements, la majorité des députés a validé les projets de lois défendus par le ministre de la Recherche scientifique, Rigobert Maboundou, et par la commission présidée par Benoît Bati, dessinant un cadre institutionnel plus robuste pour la forêt et la sécurité radiologique.
Ces textes actualisent les lois de 2012 et 2014 afin d’intégrer les nouvelles réalités du terrain : ambition nationale de reboisement, faillite d’anciennes structures de recherche, diversification des sources ionisantes et alignement aux standards de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
Une refonte pour la forêt congolaise
La révision de la loi sur l’IRF élargit son mandat aux plantations industrielles, autrefois laissées à l’Unité de recherche sur la productivité des plantations industrielles, devenue CRDPI, puis fragilisée par des difficultés financières et une instabilité juridique persistante.
En absorbant le CRDPI, l’Institut promet une continuité scientifique dans le suivi des essences rapides, des schémas de reboisement et de la captation carbone, autant d’axes stratégiques pour la contribution nationale déterminée et les engagements climatiques.
Les données satellitaires de l’Agence nationale d’observation de la Terre viendront appuyer les scientifiques, offrant des cartes en temps quasi réel sur les poches de déforestation et l’état sanitaire des jeunes plantations.
« Si l’IRF avait couvert les plantations dès 2012, nous n’en serions pas à revoir le texte », a rappelé le ministre Maboundou, insistant sur l’opportunité de renforcer la gouvernance verte et de valoriser l’expertise locale.
Statut des chercheurs au cœur du débat
Les députés ont interrogé la tutelle sur le statut du millier de chercheurs mobilisés dans neuf instituts, souvent détachés des universités Marien-Ngouabi ou Denis-Sassou-Nguesso et sans lien organique avec le ministère.
Rigobert Maboundou a plaidé pour une loi d’orientation de la recherche garantissant carrière, mobilité et attractivité, faute de quoi « le ministère finirait coquille vide ». Les parlementaires ont pris acte, promettant d’examiner rapidement le texte annoncé par l’exécutif.
Au-delà du statut, la question sociale a surgi : certains agents du CRDPI cumulent jusqu’à cinquante mois d’arriérés. L’intégration dans l’IRF devrait sécuriser les salaires via le budget d’État, gage de sérénité pour poursuivre les programmes sur le terrain.
Le projet prévoit aussi un dispositif genre, visant à recruter davantage de femmes ingénieures forestières, encore minoritaires, afin d’enrichir les approches et de diffuser les innovations jusque dans les pépinières villageoises.
Intégration salvatrice pour les plantations industrielles
Sur le terrain, les communautés riveraines des grandes concessions voient dans cette réforme une chance de relancer les enquêtes participatives sur la fertilité des sols, l’ombre portée et la gestion inclusive des coupes, autant de chantiers restés en suspens après la faillite de l’Urppi.
Les représentants des planteurs familiaux, joints par téléphone, saluent « une approche plus proche des réalités du village », espérant que le futur conseil scientifique de l’IRF les associera à la définition des protocoles et à la diffusion des résultats sous forme vulgarisée.
Vers une culture de la sûreté nucléaire
La seconde loi crée l’Acrsn, agence technique dédiée au contrôle des rayonnements ionisants utilisés dans la médecine, l’industrie pétrolière, la recherche et la prospection minière, secteurs où la demande d’imagerie et de densitométrie connaît une croissance constante.
Placée sous double tutelle des ministères des Mines et des Finances, l’Acrsn actualise la loi de 2014 et se dote de mécanismes d’autorisation, d’inspection et de gestion des déchets, conformément aux recommandations de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
L’objectif est clair : protéger les patients, les travailleurs et l’environnement tout en accompagnant l’essor des applications nucléaires sûres dans la santé et l’industrie. « La confiance du public dépend de la rigueur de nos contrôles », a insisté le député Benoît Bati.
Un plan national de formation accompagnera la mise en place de l’Acrsn : médecins radiologues, techniciens de laboratoire et inspecteurs régionaux suivront des modules certifiés pour harmoniser les bonnes pratiques et établir un registre exhaustif des sources scellées.
Prochaines étapes et enjeux territoriaux
À court terme, les décrets d’application préciseront organigrammes, budgets et procédures d’agrément. Les parlementaires entendent suivre l’exécution pour éviter les lenteurs et garantir que les agences régionales de l’Acrsn couvrent aussi les zones minières du Niari, de la Sangha et du Kouilou.
Du côté forestier, l’IRF devra publier une feuille de route triennale listant les sites pilotes, les essences prioritaires et les indicateurs de suivi partagés avec les collectivités. Cette transparence devrait faciliter l’accès aux financements carbone et aux partenariats universitaires internationaux.
Du côté des bailleurs, la Banque de développement des États d’Afrique centrale envisage déjà d’adosser une ligne de crédit verte aux programmes IRF, tandis que la Coopération japonaise explore un appui technique sur la radioprotection hospitalière.
En renforçant la recherche forestière et la radioprotection, le Congo-Brazzaville s’arme d’outils modernes pour conjuguer croissance économique, santé publique et lutte contre le dérèglement climatique, un cap salué par les élus comme par les acteurs de terrain.
