Une affluence record pour la neuvième édition
Sous les manguiers du Jardin botanique de Brazzaville, l’odeur terreuse des semis s’est dissipée le 19 décembre, signalant la fin de la neuvième Foire aux plants, étalée sur cinquante-huit jours et rythmée par le thème onusien de la Décennie de la restauration forestière.
Dans la capitale comme à Pointe-Noire et Oyo, 4 477 visiteurs ont arpenté les allées fleuries, soit 32 % de plus qu’en 2024, d’après les tablettes du Programme national d’afforestation et de reboisement piloté par le coordonnateur François Mankessi.
Contraste entre visiteurs et ventes
L’affluence rassure, mais les carnets de commandes racontent une autre histoire : 16 886 plants vendus, un recul de 39 %, et un chiffre d’affaires ramené à 27,8 millions de francs CFA, presque la moitié du résultat précédent.
« Les badauds admirent les floraisons mais n’osent plus ouvrir le portefeuille », résume Vianney Samba, pépiniériste du groupement Nhsansoulou, expliquant la frilosité par le pouvoir d’achat, le manque de conseils post-achat et l’inflation du transport des plants vers les villages.
Les exposants étaient pourtant 36, dont 23 venus de Brazzaville, 10 de Pointe-Noire et 3 d’Oyo, preuve de la vigueur d’un tissu horticole encore largement artisanal, où la plupart des stands fonctionnent en famille.
Les espèces fruitières dominent toujours le panier : safoutiers, avocatiers, agrumes et manguiers captent l’imagination des citadins qui rêvent d’autonomie alimentaire et d’ombre parfumée dans des cours souvent bétonnées.
Des défis économiques à la racine
Cette année, la Foire a quitté son site historique du Centre sportif de Kintélé pour s’installer sur deux emplacements distincts, entraînant selon plusieurs vendeurs une hausse de leurs frais logistiques et la dispersion du flux d’acheteurs.
Le contexte macroéconomique pèse aussi : la hausse des intrants horticoles importés, en particulier les substrats et les pots en plastique, s’ajoute à la raréfaction de la main-d’œuvre saisonnière attirée par les chantiers pétroliers de la côte.
En parallèle, plusieurs visiteurs ont regretté l’absence d’un moyen de paiement mobile sur certains stands, freinant les achats impulsifs dans un pays où la monnaie électronique gagne pourtant du terrain grâce aux opérateurs télécoms.
Pépiniéristes en mode solutions
Face au décalage entre affluence et ventes, les pépiniéristes ont tenu un caucus nocturne où ils ont adopté deux résolutions : renforcer les démonstrations de greffage in situ et livrer gratuitement des fiches de suivi aux acheteurs afin de réduire la mortalité des jeunes plants.
Ils misent également sur l’introduction, dès 2026, de variétés tolérantes à la sécheresse, sélectionnées avec l’appui de l’Institut national de recherche forestière, conjuguant rusticité et forte teneur en huiles, un argument prisé par l’industrie cosmétique locale.
« Nous devons vendre un paquet savoir-faire plutôt qu’un simple plant », insiste la technicienne horticole Clarisse Oba, qui prépare des mini-ateliers de compostage sur balcon pour séduire les jeunes ménages locataires, nombreux à fréquenter la foire sans disposer de terrain.
Le Comité local du climat de Pointe-Noire propose déjà, pour 2025, de coupler l’entrée de la foire à un coupon numérique donnant droit à un suivi photographique trimestriel des arbres plantés, afin de documenter la survie et de valoriser les crédits carbone communautaires.
Cap sur la foire agricole 2026
En clôturant l’événement, la ministre de l’Économie forestière, Rosalie Matondo, a salué « la passion intacte du secteur » et promis une vitrine encore plus large lors de la grande foire agricole de février 2026, où les horticulteurs disposeront d’un pavillon dédié.
Le ministère prévoit aussi de nouveaux prix de mérite dotés en semences, petits équipements solaires et contrats d’approvisionnement avec les programmes de cantines scolaires, de façon à renforcer le modèle économique des pépiniéristes.
Reboisement et économie verte alignés
Au-delà des chiffres, l’événement nourrit l’ambition nationale de planter un million d’hectares d’ici à 2030, objectif inscrit dans la Feuille de route climat remise au Secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies.
La forte présence des jeunes, 41 % des visiteurs, témoigne d’un basculement culturel vers l’arbre, relève l’ONG Action Verte, qui anime un stand de réalité augmentée permettant de visualiser le stockage de carbone d’un manguier adulte.
Pour Héraclès Louamba, étudiant à l’Université Marien-Ngouabi, « la foire remet la biodiversité au centre des conversations et montre que le soutien public devient tangible », citant la distribution de foyers améliorés à des familles vulnérables pour réduire la pression sur le bois-énergie.
Les partenaires privés, parmi lesquels la Fondation Burotop et la Banque postale du Congo, envisagent d’élargir le mécanisme de microcrédit vert lancé en 2023 afin d’accompagner l’achat de plants certifiés et d’outils d’irrigation goutte-à-goutte dans les quartiers périphériques.
Selon l’application ForestWatch, les communes qui affichent les plus fortes ventes de plants connaissent une diminution du déboisement de 12 % sur trois ans, suggérant l’intérêt de mieux corréler les données de la foire avec le suivi satellite.
Perspectives avant 2030
Il reste neuf mois pour transformer ces pistes en actions avant la prochaine édition. Pour l’heure, les jeunes pousses regagnent les pépinières, porteuses de la promesse d’un paysage plus vert à l’horizon 2030, soutenu par un écosystème public-privé de plus en plus structuré.
