Une réforme forestière au tournant
La loi 33-2020 a ouvert la voie à une gestion plus inclusive des forêts du Congo-Brazzaville. Les textes d’application encore en discussion définiront la gouvernance des futures forêts communautaires, un dispositif clé pour conjuguer climat, économie locale et respect des écosystèmes.
Genre et gouvernance : combler le fossé
Réunies du 3 au 5 décembre 2025, vingt-cinq représentantes d’ONG et de plateformes citoyennes ont travaillé sur l’intégration du genre dans ces textes. « Cette implication prouve la responsabilité de la femme face à la gouvernance forestière », a souligné Marie Julienne Longo Bendo en ouvrant l’atelier.
Un trio d’organisations en première ligne
Le Refadd, la Plateforme pour la gestion durable des forêts et l’Observatoire congolais des droits de l’homme ont uni leurs expertises pour analyser les drafts rédigés par le cabinet Terea. Objectif : détecter chaque faille susceptible de marginaliser les femmes et proposer des ajustements pragmatiques.
Le nationalisme vert comme fil conducteur
Le coordonnateur du P.g.d.f, Alfred Nkodia, a invité les participantes « à enrichir davantage les textes pour des propositions solides à soumettre au groupe de travail multi-acteurs ». Cette dynamique participative traduit la volonté gouvernementale de renforcer l’appropriation locale des réformes environnementales.
Trois fonctions, une même ambition
Maixent Fortunin Agnimbat Emeka a rappelé qu’une forêt communautaire possède une fonction économique, une fonction sociale et une fonction écologique. Selon lui, les communautés rurales pourront enfin transformer la ressource boisée en revenus, services et résilience, tout en contribuant aux engagements climatiques nationaux.
Des articles clés passés au crible
Les panels ont décrypté l’article sur la création d’un Comité national de suivi de l’accès aux ressources génétiques et du partage des avantages. Les participantes ont proposé que sa composition garantisse un quota féminin, un mandat rotatif et un budget dédié au renforcement de capacités.
Entrepreneuriat féminin et filières vertes
Pour les organisations présentes, le texte final devra prévoir des mesures d’incitation à l’entrepreneuriat féminin, telles que l’accès prioritaire aux permis de récolte non ligneuse, des micro-crédits et une formation en comptabilité verte. Ces leviers pourraient réduire la pauvreté dans les zones de massif forestier.
Des données pour orienter l’action
Le Refadd projette de coupler les cartes satellite du suivi REDD+ avec des enquêtes de terrain afin de mesurer l’effet de la participation des femmes sur la réduction de la déforestation. Des indicateurs de progrès, publics et actualisés, sont jugés essentiels pour attirer investisseurs et bailleurs.
Témoignages du terrain et attentes
Philomène, venue du district d’Igné, explique qu’elle vend déjà du miel et du baume récoltés en forêt. « Si je siège au comité communal, je pourrai négocier des quotas durables et enseigner aux jeunes les bonnes pratiques », dit-elle, confiante dans la nouvelle architecture réglementaire.
Appui institutionnel et vision 2026
Le ministère de l’Économie forestière voit dans ces recommandations une opportunité d’accélérer la mise en œuvre de la stratégie nationale de croissance verte. Les premiers comités locaux pilotes devraient être installés début 2026, après validation par le Conseil des ministres.
Approche données : quels bénéfices mesurés
Une étude de l’Université Marien Ngouabi montre que les parcelles cogérées enregistrent un taux de déforestation inférieur de 18 % à la moyenne nationale. L’inclusion des femmes y est corrélée à une diversification des revenus et à une fréquentation scolaire accrue dans les villages.
Cap sur la transparence financière
Les drafts prévoient que 60 % des revenus tirés de la vente du bois communautaire reviennent directement à la caisse du village. Les participantes ont demandé qu’un registre public, accessible en ligne et dans les mairies, détaille chaque transaction pour prévenir les détournements.
Boîte à outils pour agir localement
L’atelier a distribué un kit comprenant des numéros utiles, une fiche procédure de demande de titre forestier communautaire, et un modèle de cahier de charges environnemental. Ces supports seront traduits en lingala, mbochi et kituba afin de toucher l’ensemble des communautés concernées.
Rôle catalyseur des partenaires techniques
La FAO, l’AFD et la Banque mondiale, présentes en observatrices, envisagent des appuis ciblés. Il s’agit de financer des plantations villageoises à croissance rapide, des foyers améliorés et des bourses pour jeunes forestières, afin de consolider la dynamique inclusive enclenchée.
Mémorandum final et prochains jalons
Un mémorandum regroupant trente-deux recommandations a été adopté à l’unanimité. Il sera transmis au groupe de travail multisectoriel, qui intégrera les suggestions dans la seconde version des textes, attendue pour mars 2026 avant la phase d’audience publique.
Perspectives d’ici 2026
En donnant aux femmes une place centrale dans la gestion des forêts communautaires, le Congo-Brazzaville renforce son cadre légal, soutient ses populations rurales et consolide ses engagements climatiques. Les textes finaux confirmeront si cette ambition se traduit durablement sur le terrain.
