Pluies torrentielles à Safi : un choc brutal
Vers midi le 14 décembre, des trombes d’eau se sont abattues sur la province côtière de Safi, déversant plus de 60 millimètres en quelques heures, selon les autorités locales. Plusieurs quartiers ont vu les rues se transformer en torrents imprévisibles.
L’intensité soudaine des averses a surpris habitants et commerçants. Des voitures ont calé, des maisons basses se sont retrouvées sous trente centimètres d’eau, compliquant les évacuations. Les sirènes des secours ont résonné sans discontinuer.
Dans cette confusion, l’attention s’est portée sur l’hôpital Mohammed V, poumon sanitaire de la ville. Son directeur, Khalid Iazza, a décidé en minutes l’activation d’un dispositif d’urgence capable d’absorber l’afflux de blessés et d’hypothermiques.
Activation du plan d’urgence de l’hôpital Mohammed V
Le plan d’urgence, élaboré bien avant pour risques sismiques ou épidémiques, a été déclenché sans délai pour la tempête. Première étape : passer les urgences en alerte maximale et élargir capacités de tri.
Une cinquantaine de lits ont été immédiatement sanctuarisés pour les victimes des intempéries. L’administration a parallèlement identifié des salles d’hospitalisation supplémentaires pouvant doubler cette capacité si la crue persistait, garantissant ainsi une marge de manœuvre confortable.
« Nous avons suivi la feuille de route établie lors de nos exercices trimestriels », explique M. Iazza. « Le plus important est de fluidifier le parcours patient dès l’arrivée, afin d’éviter les goulots d’étranglement qui coûtent de précieuses minutes dans un contexte de polytraumatismes. »
Mobilisation éclair des équipes médicales
La direction a rappelé en urgence les médecins anesthésistes, les chirurgiens orthopédistes et neurochirurgiens ainsi que les urgentistes de garde, formant en moins d’une heure une équipe élargie de premier recours. Les infirmiers chefs ont réaffecté le personnel auxiliaire aux secteurs critiques.
Le service biomédical a vérifié la disponibilité des scanners, appareils de radiologie, échographes et automates d’analyse. Aucune rupture de consommables n’a été signalée, paramètre décisif pour maintenir un diagnostic rapide malgré la pression.
Sur le terrain, cette organisation a permis d’enregistrer 61 admissions sans débordement. Les dossiers ont été numérisés à la volée, évitant l’encombrement papier et facilitant la répartition des cas selon la gravité, de la simple contusion à l’état d’hypothermie sévère.
Premiers bilans : 61 admissions, état stable
Deux patients, polytraumatisés, ont été transférés en réanimation. Leur pronostic reste engagé mais stable, souligne la cellule de crise. Dix-huit personnes souffrant d’hypothermie sévère, souvent repêchées dans les rues inondées, ont été placées sous couverture thermique active.
Treize blessés légers ont pu rentrer chez eux après une surveillance de quelques heures. Cinq autres demeurent hospitalisés pour des contrôles neurologiques ou orthopédiques. Un suivi téléphonique quotidien garantit l’absence de complications tardives.
Pour l’heure, aucune défaillance structurelle n’est venue entacher la prise en charge. Les autorités sanitaires locales estiment que ces chiffres traduisent une situation « sous contrôle », fruit d’une anticipation devenue systématique face à la variabilité climatique grandissante.
Logistique et matériel : éviter la rupture
Les pluies ont coupé plusieurs axes secondaires, mais la direction a mobilisé une navette 4×4 pour relever le personnel et livrer poches de sang. Le groupe électrogène est resté en veille, le réseau n’ayant pas flanché.
Les stocks d’oxygène médical et de médicaments d’urgence affichaient un taux de remplissage supérieur à 80 %, seuil jugé sécurisant par les référentiels du ministère de la Santé. Cette marge a évité toute tension d’approvisionnement durant les premières vingt-quatre heures.
Les cuisines centrales ont adapté les rations aux besoins caloriques des patients exposés au froid humide, illustrant une gestion globale allant au-delà des simples actes techniques. « Aucun maillon n’est anecdotique en situation extrême », rappelle un cadre infirmier.
Leçons pour la résilience hospitalière
Cet épisode confirme la pertinence d’un pilotage hospitalier fondé sur des scénarios multiples et régulièrement testés. L’arrivée coordonnée des spécialistes, la robustesse du parc d’équipements et la circulation fluide de l’information ont limité l’impact humain de la tempête.
Plusieurs observateurs soulignent que la culture de la préparation gagne désormais des établissements hors mégapoles, Safi servant d’exemple à moindre échelle. Investir dans la formation continue et la maintenance préventive semble payer dès les premières gouttes.
Alors que les villes côtières restent exposées à des phénomènes pluvieux intenses, l’expérience de l’hôpital Mohammed V rappelle que la résilience commence bien avant la météo. Les procédures écrites, partagées et mises à jour constituent, à long terme, le meilleur parapluie.
