Atelier national à Brazzaville : une étape décisive
Dans une salle lumineuse du ministère de l’Environnement, une quarantaine d’experts en climat scrutent ligne par ligne le draft 2 de la Cdn 3.0. Les travaux, ouverts le 4 décembre, doivent aboutir à un document suffisamment robuste pour être transmis à la CCNUCC.
« Ce texte est notre feuille de route collective vers un futur viable », rappelle la ministre Arlette Soudan-Nonault en saluant le rôle des scientifiques, universitaires et représentants de la société civile invités pour garantir la transparence du processus.
Objectifs carbone : cap sur 47,8 % d’absorption
Le projet fixe une ambition claire : porter la capacité nationale d’absorption et de séquestration du carbone à 47,8 % en 2035. Ce chiffre tient compte des forêts humides du bassin du Congo, véritables puits naturels, et d’efforts supplémentaires sur la restauration des mangroves.
La mise à jour de la Cdn intègre également une réduction soutenue des émissions industrielles. Elle prévoit un recours accru aux technologies de captage ainsi qu’un meilleur contrôle des torchères pétrolières, déjà en baisse grâce aux programmes de valorisation du gaz.
Selon les modélisations partagées par le Centre national de télédétection, ces mesures pourraient éviter l’émission de près de 70 millions de tonnes d’équivalent CO₂ d’ici dix ans, tout en préservant la compétitivité des filières extractives.
« L’enjeu est de conjuguer rigueur scientifique et réalités économiques des territoires », souligne le climatologue Jean-Paul Nganga, qui rappelle l’importance de bases de données homogènes pour crédibiliser les projections nationales.
Huit milliards de dollars pour une croissance verte
Le budget global s’élève à 8,92 milliards de dollars pour la période 2025-2035. Plus de 80 % doivent provenir de mécanismes financiers internationaux, notamment le Fonds vert pour le climat et les marchés du carbone volontaire, en reconnaissance du service rendu par les écosystèmes congolais.
Le solde, environ 1,7 milliard de dollars, sera mobilisé localement par l’État, les entreprises et les partenaires techniques. Le ministère des Finances finalise déjà un cadre d’incitations fiscales pour accélérer la contribution du secteur privé, particulièrement dans l’agroforesterie et le bois transformé.
Mohamed Boussaïd, représentant de Africa Nemac Partnerships, prévient toutefois : « La confiance des bailleurs dépendra d’un système de suivi solide et transparent, notamment sur la gestion des Matières résiduelles dangereuses. »
Énergies renouvelables et résidus industriels au cœur
La Cdn 3.0 confirme l’option d’une transition énergétique progressive. Des centrales solaires hybrides alimentent déjà Impfondo et Ouesso. Le texte propose d’étendre ce modèle à vingt localités, afin de réduire la dépendance au diesel et d’abaisser les coûts d’électricité.
En parallèle, le pays veut renforcer la filière biomasse durable pour la cuisson propre. Les associations féminines de Djiri testent des foyers améliorés qui divisent par deux la consommation de charbon de bois, avec un gain direct sur la qualité de l’air urbain.
Sur le front industriel, la priorité reste le traitement des résidus miniers et pétroliers. Un protocole national d’élimination des déchets dangereux sera adossé à la Cdn pour éviter les rejets sauvages dans les affluents du fleuve Congo et rassurer les investisseurs ESG.
Appropriation locale et calendrier de soumission
Fatoumata Barry Marega, représentante de l’UNESCO, insiste sur la nécessité de « porter le message sur chaque place de village et dans chaque amphithéâtre ». Des campagnes radios en langues locales mettront en scène des chefs coutumiers expliquant, exemples à l’appui, les bénéfices d’une mangrove protégée.
Les organisations de jeunesse, réunies au sein du Réseau Sève, ont obtenu d’inscrire un indicateur dédié à l’emploi vert dans le suivi de la Cdn. « Nos pairs veulent des chiffres concrets, pas des promesses », affirme la porte-parole Stéphanie Mavouadi.
Le chronogramme validé en session plénière prévoit une finalisation rédactionnelle avant fin janvier, puis un examen interministériel. La transmission au secrétariat de la CCNUCC interviendra avant la prochaine phase préparatoire de la COP, garantissant au Congo une visibilité accrue dans les négociations.
Pour conclure l’atelier, la ministre rappelle : « La Cdn engage la nation entière et constitue un passeport pour des financements verts essentiels à notre développement. Unis, nous prouverons que le bassin du Congo est à la fois poumon de la planète et moteur de prospérité locale. »
