Belém, carrefour climatique
Sous la moite lumière de Belém, Denis Sassou N’Guesso a posé le pied sur le tarmac le 5 novembre, déterminé à faire résonner la voix du bassin du Congo dans l’arène climatique mondiale que représente la trentième Conférence des Nations unies sur le climat.
Le chef de l’État engage ainsi son pays dans une séquence cruciale, placée sous l’objectif de contenir le réchauffement à 1,5 °C, et de traduire les promesses financières antérieures en actions tangibles, depuis la mangrove de Kouilou jusqu’aux forêts épaisses de la Sangha.
Belém sous le signe des trois bassins tropicaux
Belém accueille pour la première fois un sommet climatique où les trois grands bassins forestiers – Amazonie, Congo, Bornéo-Mékong – dialoguent à parts égales. Sur les écrans du centre de convention, une carte animée souligne que ces régions captent ensemble 80 % du carbone stocké par les forêts tropicales.
Le ministre brésilien de l’Environnement, João Vieira, a salué la participation congolaise, rappelant que la survie des communautés riveraines dépend d’une solidarité Sud-Sud plus affirmée que jamais. Les délégations prévoient un tableau comparatif des tendances de déforestation depuis 2000, véritable outil pédagogique pour les négociateurs.
Selon les données de Global Forest Watch, la perte nette annuelle du Congo a diminué de 28 % en cinq ans. Sassou N’Guesso entend capitaliser sur cette courbe descendante pour prouver qu’un modèle équilibré, associant exploitation contrôlée et conservation stricte, est techniquement et socialement viable.
La voix du Congo au cœur des négociations
À la tribune, le président rappellera que le bassin du Congo fixe environ 30 milliards de tonnes de CO2, soit plus que les émissions annuelles cumulées de l’Union européenne et de l’Inde. L’enjeu, dit-il souvent, est de transformer ce service planétaire en dividendes pour les populations gardiennes.
Le professeur Jean-Pierre Makani, climatologue basé à Brazzaville, souligne que « la diplomatie congolaise s’appuie désormais sur des inventaires carbone vérifiés, finançables par des acheteurs volontaires ». Cette crédibilité méthodologique offrirait, selon lui, un levier pour attirer 500 millions de dollars d’ici 2027.
La délégation congolaise compte également pousser le principe d’un prix plancher pour la tonne de CO2 sociale, estimée à 30 dollars, afin de financer les infrastructures rurales, l’électrification solaire et les cliniques mobiles dans la Cuvette et la Likouala, zones sensibles aux inondations répétées.
Financements climatiques : entre attentes et initiatives
Les négociations financières restent sous tension. En 2023, le Congo n’a perçu que 12 % des 64 millions de dollars promis sous le mécanisme REDD+. Brazzaville espère clore un partenariat de paiement à la performance avec l’Allemagne et la Banque africaine de développement, afin de couvrir 13 millions d’hectares certifiables.
En marge, la Société nationale des pétroles du Congo a dévoilé un fonds interne d’atténuation, alimenté par 0,5 % du chiffre d’affaires offshore. Le directeur, Raoul Oko, défend « une transition juste où les revenus fossiles d’aujourd’hui financent les plateformes solaires de demain ».
La Banque postale du Congo a pour sa part structuré la première obligation verte domestique, d’un montant de vingt milliards de francs CFA, axée sur l’agroforesterie cacao-bananiers. Les souscriptions locales atteignent déjà 65 %, signe d’un intérêt croissant des épargnants pour les produits à impact vérifiable.
Les communautés autochtones espèrent un tournant
Au village Téké d’Inkouélé, la radio communautaire suit la Cop en direct. Prisca Mbani, animatrice, rappelle que « seul un contrat clair peut garantir le partage équitable des revenus carbone ». Son émission invite les habitants à envoyer par SMS leurs doléances, relayées ensuite aux négociateurs officiels.
En mai, lors du congrès des peuples autochtones à Brazzaville, la délégation avait remis au président un cahier de vingt demandes, parmi lesquelles l’accès aux procès-verbaux de concession, la reconnaissance des langues locales dans les plans de gestion et la création de bourses forestières pour les jeunes.
Le ministère de l’Économie forestière annonce ici à Belém qu’un comité de suivi mixte, intégrant six représentants autochtones, sera mis sur pied dès janvier. Pour Jean-Marie Louzolo, leader pygmée, « c’est une avancée symbolique, à condition que le budget de fonctionnement soit réellement inscrit ».
Regarder vers 2030 : feuille de route congolaise
Le plan climat actualisé que Brazzaville présentera à la Cop 30 table sur une réduction de 48 % des émissions d’ici 2030, soit quinze points de plus que l’objectif précédent. Il mise sur l’hydroélectricité de Sounda, l’efficacité énergétique des cimenteries et la restauration de deux millions d’hectares dégradés.
Une application mobile de suivi citoyen, codée par des étudiants de l’École polytechnique de Pointe-Noire, permettra de signaler en temps réel les coupes illégales. Les données géolocalisées seront croisées avec les images Sentinel-2, puis transmises au Centre national d’observation de la Terre pour enquête rapide.
Pour financer ces ambitions, l’État prévoit d’émettre dès 2025 un Eurobond vert aligné sur les principes de l’International Capital Market Association. Les investisseurs interrogés à Belém estiment que le rendement pourrait se situer sous la barre de 6 %, gage d’une confiance accrue dans la gouvernance verte congolaise.
