Déchets urbains : Pointe-Noire à l’épreuve
Depuis l’arrêt brutal des ramassages par la société Averda, Pointe-Noire a vu surgir des collines d’ordures à chaque carrefour. Le spectacle inquiétait habitants, commerçants et autorités, d’autant que la saison des pluies menaçait de disperser les déchets vers les réseaux d’eaux pluviales.
Des dépôts improvisés se sont multipliés dans les six arrondissements, obstruant ruelles, caniveaux et marchés. Les agents municipaux, privés d’engins adaptés, se disaient débordés. La ville économique, poumon commerçant du pays, risquait une crise sanitaire majeure si rien n’était fait rapidement.
La DGFE, une force d’ingénierie polyvalente
C’est dans ce contexte que la Direction générale des finances et de l’équipement, bras opérationnel du ministère de l’Intérieur, a mobilisé son Unité d’assainissement. À la tête du convoi, le commissaire colonel-major Michel Innocent Peya a ordonné le déploiement d’engins chenillés, camions-bennes et pelles.
La force dispose d’un atelier central capable de remettre bulldozers et compacteurs en service sous vingt-quatre heures. Son réseau logistique, déjà éprouvé à Brazzaville, projette des détachements civilo-militaires et sécurise carburant, pièces détachées et zones de dépôt.
Marché de la Liberté : terrain de démonstration
Premier objectif : le marché de la Liberté, dans l’arrondissement Tié-Tié. Ici, des tas de détritus bloquaient les issues de secours et attiraient moustiques et chiens errants. En quarante-huit heures, les équipes ont dégagé les voies, nivelé le sol et procédé à la désinfection chimique sélective.
Les riverains, soulagés, ont improvisé une chaîne de solidarité. « Voyez, l’air circule enfin », se réjouit Mme Mabiala, vendeuse de légumes, en tendant une bouteille d’eau fraîche à un opérateur. Ce simple geste illustre la confiance retrouvée entre populations et unités issues de la force publique.
Santé publique et prévention des risques hydriques
L’action arrive au cœur d’une saison pluvieuse où les eaux stagnantes favorisent choléra et diarrhées hydriques. En supprimant les bouchons de déchets, la DGFE améliore l’écoulement vers les caniveaux structurants et réduit la prolifération des vecteurs pathogènes, anticipant ainsi la montée habituelle des cas dans les dispensaires.
Les ingénieurs rappellent que tout amas organique libère du méthane en se décomposant. Sans entrer dans les détails chiffrés, ils soulignent l’intérêt climatique d’une collecte régulière qui réduit ces émissions diffuses, complétant l’objectif sanitaire par un bénéfice mesurable pour l’atmosphère locale.
Synergie institutionnelle et vision présidentielle
Cette opération s’aligne sur l’instruction présidentielle visant à rapprocher davantage la force publique des citoyens. La modernisation des services urbains, présentée comme un facteur de stabilité nationale, associe désormais sécurité, salubrité et participation communautaire, démontre la manutention simultanée de pelles et de drapeaux.
La maire de Tié-Tié a publiquement salué le chef de l’État, le ministre de l’Intérieur Raymond Zéphyrin Mboulou ainsi que la DGFE. Selon elle, le partenariat noué avec l’unité militaire rappelle que les communes disposent d’alliés techniques pour surmonter les impasses budgétaires temporaires.
Des précédents inspirants à Brazzaville
À Brazzaville, les mêmes engins avaient déjà déblayé plusieurs arrondissements, laissant derrière eux des trottoirs remis à niveau et des fontaines de quartier de nouveau accessibles. Ce précédent a servi de modèle d’intervention rapide, limitant la durée d’exposition des populations aux nuisances et rassurant les partenaires.
Dans les deux villes, les services d’hygiène reconnaissent que le volume de déchets excède la flotte conventionnelle. L’appoint ponctuel de la DGFE sert de soupape et évite la rupture, le temps que les conseils municipaux finalisent de nouveaux contrats.
Vers un modèle pérenne de gestion des déchets
Des observateurs y voient les bases d’un modèle durable : mobiliser l’unité dès qu’un seuil est franchi, sans attendre l’accumulation. Un système cartographique partagé aiderait à repérer les points chauds et planifier les tournées.
Pour l’heure, la DGFE restera plusieurs semaines à Pointe-Noire, selon un responsable sur le terrain. La rotation des bennes est réglée sur vingt-quatre heures, afin d’éviter un nouvel engorgement. Les déchets sont transférés vers les zones de transit indiquées par la mairie.
Informations utiles et regard citoyen
Les habitants peuvent désormais signaler un dépôt sauvage aux chefs de quartier ou via le numéro vert affiché sur les affiches municipales. Les autorités recommandent également de regrouper les déchets dans des sacs fermés avant l’heure de passage, pour faciliter le chargement et limiter les effluves.
À travers cette opération, Pointe-Noire rappelle qu’une ville durable commence par la propreté de ses rues. La DGFE, fidèle à son serment de protection, montre qu’un même outil logistique peut, sans tirer un seul coup de feu, changer le quotidien et ouvrir la voie à d’autres innovations.
Les universitaires du centre d’études urbaines de l’École polytechnique de Pointe-Noire envisagent de documenter l’impact de la campagne dans un rapport collaboratif. Leur objectif est d’identifier les indicateurs de performance — temps de collecte, volume, satisfaction citoyenne — afin de nourrir les politiques publiques futures.
Pour beaucoup, voir un camion militaire enlever les ordures prouve que la diplomatie de la pelle existe. Un étudiant croisé avenue Charles-de-Gaulle conclut, sourire aux lèvres : « la République sait se réinventer ».
