Un coup d’accélérateur à l’Alliance pour un Congo Vert
Le 17 décembre, dans une salle comble du ministère de l’Environnement à Brazzaville, deux organisations de la société civile ont reçu 21 183 342 FCFA pour déployer des solutions climatiques locales. Cette signature a marqué le premier décaissement officiel de l’Alliance pour un Congo Vert résilient.
Lancée conjointement par le gouvernement et le Programme des Nations unies pour le développement, l’Alliance veut catalyser un écosystème d’affaires aligné sur les objectifs climatiques nationaux. « Nous misons sur l’innovation locale pour garantir des emplois durables et des services écologiques accessibles », a précisé la représentante du PNUD, Adama-Dian Barry.
Des financements à effet levier pour l’entrepreneuriat
Le montant alloué peut sembler modeste au regard des besoins, pourtant il joue un rôle d’amorçage crucial. Chaque franc libéré doit attirer au moins deux francs privés, via des partenariats bancaires et le mécénat d’entreprises déjà engagées dans la Responsabilité sociétale et environnementale.
Le ministère table ainsi sur un double dividende : générer 80 emplois directs d’ici fin 2024 et réduire d’environ 300 tonnes les émissions de CO₂ équivalent. L’effet démonstrateur est recherché, afin que d’autres initiatives congolaises s’appuient sur ces premiers succès pour convaincre les investisseurs.
Trois établissements bancaires, dont la Banque postale du Congo, ont déjà signé des lettres d’intention pour accorder des micro-crédits à taux préférentiels aux lauréats. Ce mécanisme adosse les prêts aux contrats d’achat d’énergie ou de services environnementaux négociés avec les collectivités.
Biochar : une alternative énergétique locale
Installée à Vindoulou, Marie-Juliette Mbendo-Lombo transforme les résidus de bananeraies et de sciage en briquettes de charbon biologique. « Ce financement boucle notre chaîne de production, du four pyrolytique à l’emballage », confie-t-elle, assurant pouvoir tripler la capacité pour atteindre trois tonnes hebdomadaires.
Outre la réduction de la pression sur les forêts, la technologie produit un biofertilisant liquide utilisé par des maraîchers voisins. Les premiers tests montrent une hausse de 20 % du rendement des tomates tout en améliorant la rétention d’eau des sols sableux côtiers.
Sauver le littoral de Pointe-Noire
Le second financement bénéficie à l’Association Bouée Couronne, active sur la côte Atlantique où des quartiers disparaissent sous l’érosion. Jean-Christian Diakanou Matongo prévoit d’installer des brise-lames écologiques fabriqués en bambou et coques de noix de coco, couplés à des mangroves restaurées pour piéger le sable.
L’association s’appuie sur un réseau de pêcheurs volontaires pour suivre, via GPS simple, l’évolution du trait de côte. Les données collectées seront partagées avec l’Institut national de la météorologie afin d’affiner les alertes précoces et d’orienter les actions de renforcement d’ouvrages.
Parallèlement, l’ABC lance une application mobile simple affichant les zones de pêche autorisées et les captures par espèce. Diakanou Matongo espère ainsi renforcer la transparence du secteur et lutter contre les pratiques destructrices comme la pêche à la dynamite.
Un suivi-évaluation au centre de la réussite
La ministre Arlette Soudan-Nonault a rappelé que certains programmes passés s’étaient essoufflés faute d’indicateurs clairs. Désormais, chaque porteur doit livrer un plan d’investissement, un calendrier trimestriel et un rapport d’impact carbone vérifié par un auditeur local, méthode inspirée des standards du Fonds vert pour le climat.
Un tableau de bord numérique, hébergé par le Centre national de surveillance environnementale, consolidera les résultats. Les organisations auront accès à des modules de formation en ligne sur la gestion financière et le marketing vert, afin d’améliorer leur viabilité au-delà du financement initial.
Des coachs issus du réseau d’incubateurs locaux accompagneront les associations dans la formalisation juridique, l’accès au marché carbone volontaire et la certification environnementale. L’objectif est de leur permettre d’auto-financer la maintenance des équipements tout en créant de nouveaux produits verts à forte valeur ajoutée.
Vers un élargissement national du programme
En mars prochain, une rencontre réunira à Brazzaville plus de 150 ONG, collectivités et entreprises désireuses d’intégrer l’Alliance. Objectif annoncé : dresser une cartographie des besoins par département, puis prioriser les dossiers répondant à la Stratégie nationale de développement bas carbone.
D’après le ministère des Finances, des lignes budgétaires spécifiques sont déjà prévues dans le Plan national d’investissement public 2024-2026 pour cofinancer les meilleurs projets. Les partenaires techniques, dont le Fonds pour l’environnement mondial, envisagent également d’injecter des subventions supplémentaires ciblant l’économie circulaire et les énergies renouvelables.
Pour la chercheuse Nadège Ngatsongo de l’Université Marien Ngouabi, l’Alliance peut devenir « un laboratoire grandeur nature ». Elle souligne toutefois que la réussite passera par l’implication active des communautés, en particulier des femmes, gardiennes des connaissances sur la gestion durable des terres et de l’eau.
En définitive, ces premières enveloppes symbolisent la confiance placée dans la créativité congolaise. Si le suivi promis se matérialise, le biochar de Vindoulou et les mangroves de Pointe-Noire pourraient bientôt inspirer d’autres territoires, engageant le pays sur une trajectoire verte et inclusive.
De nombreux membres de la diaspora congolaise, particulièrement installés en France et au Canada, manifestent déjà leur intérêt. Un guichet unique d’information en ligne leur sera ouvert pour faciliter les virements, le parrainage technique et le mentorat à distance des entrepreneurs basés dans les provinces.
